La France et l’Europe, témoins des valeurs chrétiennes

Léon XIV a profité de ce voyage en France pour exprimer sa haute estime envers la France et l’Europe, et son attente vis-à-vis d’elles dans le domaine de la protection de la vie.
La vocation de la France
Commençant son voyage par une visite à l’Élysée, il a insisté sur l’importance de la mission de la France pour le monde, pour qui elle a été une source de lumière depuis des siècles :
Depuis des siècles, la France brille comme un phare culturel, artistique et spirituel, non seulement en Europe, mais aussi dans le monde. Forte de ses écoles cathédrales, de ses universités et de ses académies, lieux essentiels de recherche de la vérité, la France a contribué à forger l’intelligence des populations, bien au-delà de ses frontières. L’illumination d’esprits d’exception français, qui étaient en même temps de grands catholiques, souligne combien les sciences, les arts, la littérature, la philosophie peuvent concourir au bien de l’humanité dès lors qu’ils sont orientés vers la recherche du beau, du bien et du vrai, afin que le monde ait la vie.
[…] La France est aussi une terre aux riches racines chrétiennes. Depuis saint Irénée et le baptême de Clovis, l’âme de votre patrie s’est déployée en puisant dans le christianisme un génie spirituel, culturel, intellectuel, artistique et missionnaire, qui rayonne aujourd’hui à travers le monde. C’est ainsi que, dans la France du XVIe siècle, s’est épanoui l’humanisme qui cherchait à unifier l’héritage gréco-romain et la foi chrétienne. Aux célèbres penseurs de la Renaissance, puis du Grand Siècle, feront suite ceux des Lumières, la France apportant alors au monde de véritables conquêtes ; parmi elles, la reconnaissance des droits de l’homme, inscrits dans la nature de la personne humaine, en particulier la liberté religieuse. Cette attention permanente à la dignité inhérente à toute personne humaine trouve un écho dans votre devise nationale. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles qui trouvent aussi dans le message évangélique une source inépuisable d’inspiration et d’accomplissement.

Le pape ayant exprimé cet émerveillement devant la France et ce qu’elle a apporté au monde, et nous ayant assuré de sa prière régulière (« Je tiens également à vous assurer, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, que la France est très souvent au cœur de la prière du pape, qui n’oublie pas ses origines familiales normandes et béarnaises. »), nous pouvons imaginer combien la loi autorisant l’euthanasie et le suicide assisté, ainsi que la constitutionnalisation de « la liberté d’avorter » ont dû être douloureuses pour Léon XIV. Dieu a confié une mission particulière à la France, ce qui rend d’autant plus important le fait de ne pas se résigner aux atteintes à la dignité humaine qui s’y pratiquent et s’y organisent. Nous avons bien besoin de la prière et des exhortations du pape, qui n’a pas hésité à dire au président Emmanuel Macron, qui a voulu la constitutionnalisation de l’avortement ainsi que la loi sur la fin de vie :
Pensons aux œuvres de saint Vincent de Paul, au renouveau caritatif du XVIIe siècle, et aujourd’hui encore aux nombreuses institutions catholiques où des soignants accompagnent nos frères et sœurs fragilisés par la souffrance. Leurs témoignages d’attention et de service constituent une véritable école d’humanité sur la grandeur du soin et un rappel vibrant de la valeur unique et irremplaçable de chaque être humain. Ils sont aussi une invitation à la fraternité renouvelée qui nécessite d’apprendre à accueillir la vie sans condition, à soutenir la fragilité avec tendresse, à accompagner avec respect et dans la confiance réciproque chaque étape de l’existence, et à défendre avec courage et compassion ceux qui n’ont pas de voix ou qui ne se sentent pas suffisamment soutenus. C’est pourquoi je réaffirme « avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain » (Discours au corps diplomatique, 9 janvier 2026).
Il existe de nos jours la tentation d’attendre de la science une solution et une consolation à toutes nos souffrances. Le risque est souvent de tomber dans l’illusion. Lorsque la science et la technologie ne sont pas éclairées par la conscience, elles peuvent proposer des solutions immédiates qui semblent répondre aux désirs et aux douleurs des hommes et des femmes, mais qui en réalité peuvent gravement les détourner du bien auquel ils aspirent profondément.
Je constate parfois avec préoccupation les dérives actuelles des sociétés qui risquent de détourner la science et la technologie en entreprises lucratives favorisant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée. N’oublions pas que le respect mutuel et la protection de la vie de toute personne humaine est une responsabilité de chacun et de tous, qui commence par une conversion de l’intelligence et du cœur, et qui nécessite un engagement réel et désintéressé envers nos frères et sœurs.

Ainsi le pape mentionne diverses atteintes à la dignité humaine, comme la « gestation pour autrui », c’est-à-dire la location de femmes, souvent dans la misère, et l’achat d’enfants portés par ces femmes. Dans ce discours où il réaffirme que le droit à la vie est la base de tous les droits humains, il mentionne particulièrement l’importance d’accompagner les plus vulnérables afin qu’ils se sentent « suffisamment soutenus » et n’acceptent pas « l’offre d’une mort programmée ». Après la toute récente et triste loi sur la fin de vie, cette prise de position du pape devant le président de la République était très attendue. Tout au long de ce voyage en France, Léon XIV a aussi explicitement parlé du droit à la vie de l’enfant dans le sein de sa mère.
La vocation de l’Europe
Sans donner d’avis sur la forme politique que doit prendre l’Europe, Léon XIV affirme, dans son homélie à Metz, que celle-ci est porteuse de valeurs et de principes, qui s’enracinent dans la foi chrétienne, et qu’elle a transmis au monde, dont la protection de la vie :
Ici, à Metz, il est bon de rappeler que ce sont là les valeurs sur lesquelles s’est construite, au fil des siècles, l’Europe que nous connaissons, avec son patrimoine spirituel et moral, avant même son patrimoine économique et politique. Comme saint Jean-Paul II aimait à le rappeler avec émotion (Acte européen à Saint-Jacques-de-Compostelle, 9 novembre 1982), elle plonge ses racines dans la vie et l’œuvre d’hommes et de femmes qui ont vécu, prêché et partagé les enseignements de l’Évangile. En témoignent la grande contribution spirituelle, culturelle, voire agricole et artisanale que le monachisme a apportée à l’histoire du continent, ainsi que l’œuvre de saints tels que le grand Chrodegang, pasteur infatigable de cette communauté, qui, ici même, avec la règle des chanoines, a donné une forme visible à la communion ecclésiale.
Les principes moraux du monde dans lequel nous vivons nous ont été transmis à partir de là : des principes tels que la primauté de la personne et le caractère sacré et inviolable de la vie humaine, à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions ; la protection de la liberté des individus ; l’importance première de la famille en tant que fondement de la société ; l’attention portée aux pauvres et aux plus démunis ; l’accueil de l’étranger, le respect des personnes âgées.
La France et l’Europe sont héritières de nombreux témoins chrétiens qui leur ont insufflé la vie de l’Évangile. Les valeurs que ces pays ont contribué à diffuser sont, pour certaines d’entre elles, notamment le respect et la protection de la vie humaine, oubliées voire violemment combattues. Le pape est là pour nous remettre en mémoire cet héritage et nous aider à lutter contre le découragement, pour renouveler notre désir d’être des témoins de la valeur de la vie !