Grégor Puppinck, infatigable apôtre de la justice

Grégor Puppinck est le directeur général de l’ECLJ, le Centre Européen pour le Droit et la Justice. Il a bien voulu répondre aux questions du Réseau Vie sur son action au sein de cette association, et son combat pour la dignité humaine, le droit à la vie et la liberté de conscience. Vous trouverez ses réponses dans cet autre article : Une association qui se bat pour la dignité humaine : l’ECLJ. Aujourd’hui, nous vous présentons une interview plus personnelle de Grégor Puppinck.
Pouvez-vous vous présenter pour nous ?
Je suis français, j’ai 51 ans. Je suis marié. Je suis originaire du nord de la France : mon nom est flamand. Je suis juriste, docteur en droit, j’ai deux enfants. Je suis catholique, traditionnel, comme on dit en France. J’ai commencé à travailler il y a 25 ans déjà à l’ECLJ, donc toute ma carrière, on va dire toute ma vie de travail, quasiment. Et j’aime le droit, et j’essaye de défendre, d’appliquer dans la société, le droit avec la lumière de la foi.
Qu’est-ce qui est à l’origine de votre désir d’œuvrer pour la défense de la vie humaine ?
Je pense que c’est vraiment la foi, en fait. C’est vraiment spirituel. Au départ, c’est défendre l’œuvre de Dieu.
Vous représentez l’État du Saint-Siège au sein de comités d’experts du Conseil de l’Europe, en quoi consiste cette mission ?
Le Saint-Siège à Strasbourg dispose d’une forme d’ambassade qui s’appelle une représentation permanente, et elle a un ambassadeur, un représentant permanent. Ce représentant permanent est entouré d’une équipe d’experts qui représentent le Saint-Siège dans différents comités, différentes commissions du Conseil de l’Europe, pour négocier les textes. Je suis l’un de ces experts, pour diverses commissions, depuis 25 ans.

En 2011, vous avez été fait Chevalier dans l’Ordre du Mérite de la République italienne. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
Oui, c’était parce que j’ai défendu la présence des crucifix dans les salles de classes italiennes. À l’époque, il y avait une affaire très importante qui avait défrayé la chronique, parce que la Cour Européenne des Droits de l’Homme avait condamné la présence de crucifix dans les classes italiennes. Et il a fallu organiser toute la défense de l’Italie pour que l’affaire soit rejugée, et ça paraissait impossible, puisque l’affaire avait d’abord été jugée à l’unanimité, donc on ne voyait pas comment la Cour pouvait changer d’avis. Et en fait, grâce à Dieu, on est parvenus à faire changer la Cour d’avis.
Vous avez créé le site et l’application Evangelizo, l’Évangile au quotidien, avec Bertrand Couderc. À quel besoin répond ce site devenu très populaire auprès des chrétiens ?
Oui, c’est un site qui répond aux besoins d’avoir une régularité dans la prière et de se nourrir de l’Évangile, des Écritures. C’est ancien, j’ai fondé ça il y a longtemps, mais on s’en occupe toujours un petit peu, avec Bertrand et d’autres. Au départ, le but est de suppléer à nos propres carences et distractions, en recevant directement dans sa boîte mail, tous les jours, l’Évangile. Voilà, c’est ça le but initial, donc faciliter la lecture quotidienne de l’Évangile et du commentaire, en venant s’insérer dans la vie de travail de chacun.

Y a-t-il une expérience ou une rencontre, qui a marqué votre parcours et influencé vos choix de vie ?
Ah oui, j’ai eu la chance d’avoir plusieurs rencontres importantes, autant au plan personnel qu’au plan professionnel, j’en ai eu trois peut-être. Une, bien sûr, mon épouse, avant tout, qui a rendu possible, par son soutien, tous ces engagements, parce que je ne les aurais pas menés seul, et parce qu’elle soutient la famille dans la vie quotidienne. Puis ensuite la personne qui m’a recruté, monsieur Monaghan, Patrick Monaghan, qui est, comme on dit en anglais, un peu mon mentor, et dont je suis très proche. Et puis ensuite, un ancien représentant du Saint-Siège auprès du Conseil de l’Europe, qui maintenant est décédé, et qui s’appelle Mgr Aldo Giordano, qui était un diplomate, un nonce apostolique et archevêque, de qui j’étais très proche aussi. Donc voilà, il y a eu quelques personnes effectivement dans ma vie, j’ai eu de la chance.
Quel a été le plus grand défi que vous ayez eu à surmonter dans votre parcours ?
Je pense la persévérance, la persévérance de travailler pour ces causes difficiles, parfois.
Quels sont vos projets à venir ? Travaillez-vous sur un nouveau livre ou d’autres initiatives ?
Oui, j’ai un livre qui va paraître cette année, il va s’appeler La conjuration contre la vie, et il va exposer le grand mouvement historique et idéologique qui soutient les politiques du contrôle de la vie, du contrôle qualitatif et quantitatif. Donc ça va être un gros livre, qui va paraître au printemps chez Téqui, l’éditeur Téqui à Paris. C’est un livre d’histoire, qui présente toute la cohérence et la puissance de ce courant de pensée à travers principalement le XIXe et le XXe siècle, et qui montre la cohérence qu’il y a entre l’eugénisme, le transhumanisme, la promotion de l’euthanasie, l’avortement, les contrôles démographiques.
Et tout ça avait commencé dès le XIXe siècle ?
Ah oui, oui, oui ! Et donc voilà, le but c’est de faire un livre qui permette aux gens de comprendre la cohérence de ce qu’on a en face de nous.
Ça doit faire peur !
Assez !
Quelle est la place de la prière personnelle dans votre vie ?
Insuffisante ! Voilà, elle est insuffisante, mais elle est centrale.
Quel est votre passage biblique préféré, et pourquoi ?
Moi c’est l’Annonciation, oui, parce que c’est vraiment le début du grand mystère de l’Incarnation, et donc c’est là que ça commence. C’est plus encore que la Nativité, voire même que la Passion, parce que c’est à l’Annonciation que, vraiment, le projet de Dieu et le miracle du rapprochement entre Dieu et les hommes s’opère. Dieu fait homme. Donc c’est vraiment l’Annonciation, pour moi, qui est la plus grande des actions de Dieu. C’est de se faire homme. Le reste, à la limite, c’est une conséquence de cet acte.

Quelle est la qualité que vous appréciez le plus chez les autres ?
La qualité que j’apprécie le plus chez les autres : la clairvoyance.
C’est vrai, dans votre combat vous avez besoin de rencontrer des hommes clairvoyants !
C’est ça ! Voilà, la clairvoyance, le discernement, la compréhension, la lecture du monde.
Quelle est votre musique préférée ?
J’aime beaucoup Schubert opus 100.
Quel est votre saint préféré ?
Mon saint préféré : le bienheureux Jerzy Popiełuszko[1].
Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Je peux ajouter que l’engagement est une grâce et qu’il ne faut pas avoir peur de s’engager.
[1] Prêtre polonais torturé et tué par la police politique communiste en 1984. Il fut notamment l’aumônier des ouvriers du syndicat Solidarnosc à Varsovie.
