Les hommes et l’IVG : conséquences et chemins de guérison

Situation des hommes face à l’IVG
Comment est conçu un enfant ?
Quand une femme devient enceinte naturellement, il y a toujours deux personnes impliquées : une femme et un homme. L’enfant ainsi conçu est porteur de la moitié du patrimoine génétique de sa mère et de la moitié du patrimoine génétique de son père, ce qui en fait un être unique et en même temps l’héritier de deux lignées. Quand la vie de cet être unique, leur fille ou leur fils, est remise en question par une décision d’avortement, la mère qui le porte n’est pas seule à en subir les conséquences.
Comment est décidé un avortement ?
La vie de cet enfant, issu d’une femme et d’un homme, est d’après la loi française entre les mains de la seule femme. Selon la loi, la femme, même mineure, a le droit de décider de faire une IVG et le droit de décider de poursuivre la grossesse, sans avoir besoin du consentement du père, sans même être obligée de l’informer de cette grossesse ou de cet avortement.
Cependant, la réalité n’est pas si simple, et la place de l’homme dans la décision d’avortement est très variable. Schématiquement, il y a dix cas de figure possibles :
– L’homme n’est même pas au courant de la grossesse ni/ou de l’IVG avant qu’elle ait eu lieu ;
– L’homme était formellement opposé à l’IVG, mais la femme a avorté sans son consentement, comme la loi le lui permet ;
– L’homme aurait voulu garder l’enfant, mais il a accepté la décision de la femme de faire une IVG ou bien a cédé à la pression des parents de l’un ou de l’autre ;
– L’homme n’était pas certain de savoir quelle était la bonne décision, et il a accepté la décision de la femme d’avorter ;
– L’homme et la femme étaient clairement d’accord pour la décision d’avorter. Cette situation est très rare, même quand les couples disent avoir pris la décision ensemble, c’est souvent l’un des deux qui a poussé l’autre ;
– La femme aurait voulu garder l’enfant, mais l’homme l’a convaincue d’avorter, en exerçant parfois une certaine pression morale ;
– La femme aurait voulu garder l’enfant, mais l’homme a menacé la femme de la quitter si elle poursuivait la grossesse ;
– L’homme a contraint la femme à avorter par la violence physique ou psychique ;
– L’homme s’est totalement désintéressé de la question et a laissé la femme décider ;
– L’homme a quitté la femme quand il a su qu’elle était enceinte et s’est désintéressé de l’existence de l’enfant.
Ces situations sont très différentes les unes des autres, mais dans tous les cas, l’avortement peut profondément affecter le père de l’enfant.

Témoignages d’hommes face à l’IVG
Quelle que soit la façon dont s’est décidé l’avortement, des hommes regrettent l’IVG de leur compagne, épouse, partenaire, et en souffrent. Voici quelques témoignages d’hommes marqués par le regret de l’avortement.
Témoignage d’un homme qui n’a pas été prévenu par sa compagne avant l’avortement
Jason : « Elle ne m’avait pas dit qu’elle était enceinte. Elle m’a dit qu’elle venait d’avorter, et m’a montré l’embryon ensanglanté dans les toilettes. Je n’ai pas pu le supporter. Pendant un an je suis resté enfermé chez moi dans le noir, sans rien faire et sans voir personne1. »
Témoignage d’un homme qui refusait l’avortement mais dont la compagne a avorté quand même
Mickaël, dont la compagne a avorté un an plus tôt : « Tout se passait bien pendant les deux premières semaines [de notre relation], les deux premiers mois, et on n’envisageait aucunement d’avoir un enfant tous les deux. Ni elle, ni moi, on ne désirait pas d’enfant. » Tous deux catholiques pratiquants, ils avaient envisagé la possibilité d’une grossesse non désirée, et s’étaient engagés, dans ce cas, à garder l’enfant quoi qu’il arriverait. « Une fois qu’elle a vu qu’elle était enceinte, elle est restée sur sa première intention et sa première parole, qui était de garder l’enfant. Donc elle m’a dit qu’elle garderait l’enfant. Donc moi j’étais étonné d’être futur père, je me faisais une joie d’être père. (…)
À partir du moment où elle m’a fait comprendre qu’elle n’était pas sûre de le garder, et qu’elle envisageait peut-être d’avorter, j’étais très, très mal. Parce que d’une, c’était l’enfant que je lui avais donné, c’était l’enfant qu’elle s’était engagée à garder avec moi, et en plus elle me trahissait. Quand j’ai entendu ça, c’est qu’elle allait me trahir en fait, dans sa parole, et surtout sur une vie qui était notre enfant. (…) C’était comme une prise d’otage, parce que moi je devais négocier avec la preneuse d’otage. Ça reste une image, bien sûr, parce que je l’aimais. Je l’aimais totalement. Mais je devais négocier, le mieux possible, comme avec un preneur d’otages dans une banque, pour pouvoir sauver l’otage, qui était mon enfant, et son enfant. (…) Dès que je vois un enfant, je me dis que ça pourrait être le mien. L’enfant que je lui avais donné n’a pas pu voir la vie et je n’ai pas pu le rencontrer sur terre. C’est une grosse souffrance2. »

Témoignages d’hommes qui auraient voulu garder l’enfant, mais ont accepté la décision d’avorter de leur compagne
• « Voilà c’est fait le petit ange qu’elle portait dans son ventre est parti, je sens comme un vide en moi comme si une partie de moi venait de mourir3… »
• Tony, 39 ans : « Cela m’a laissé de profondes cicatrices. Il y a tout le temps une ombre dans l’arrière plan. Une autre façon de le dire, c’est que c’est comme porter un sac à dos – la plupart des jours, vous êtes juste conscient qu’il est là, mais certains jours c’est comme un poids supplémentaire qui vous tire vers le bas4. »
• Karl, 65 ans : « J’avais la trentaine et je vivais la belle vie de célibataire à Dallas. ». Quand une femme qu’il voyait lui a annoncé qu’elle était enceinte, il s’est senti « comme l’un de ces loups avec la patte prise dans un piège ». Malgré tout, il essaie de la convaincre de garder l’enfant : « J’ai tout essayé, je lui ai proposé de l’épouser, de prendre le bébé moi-même, ou de le donner à l’adoption. Elle a dit qu’elle ne pourrait jamais donner son enfant à l’adoption. » Finalement, il conduit la femme à la clinique et paie pour l’avortement. Il déménage en Californie parce qu’il ne supporte pas ce qu’il a fait. « Je ne savais pas comment j’allais survivre ; je n’allais pas sauter d’un pont, mais j’aurais probablement bu jusqu’à ce que mort s’en suive. » Karl pense que le fait de se reconnecter avec sa foi et de fonder une famille avec une autre femme l’a sauvé. « J’ai pensé à ce qui s’est passé tous les jours pendant les 32 dernières années5. »
Témoignage d’hommes qui ont pris la décision d’avorter en « accord » avec leur femme
À noter qu’il est difficile d’être sûr que la décision était vraiment voulue par les deux.
• Rodolfo, 29 ans, au sujet d’une IVG quand il avait 20 ans : « Nous avons rompu environ six mois après, mais l’avortement m’a hanté pendant longtemps. Quand j’étais plus jeune, je me shootais et je pensais à l’enfant que j’aurais pu avoir. Cela me bouleversait horriblement – je me sentais la plus grosse merde du monde. Cet enfant aurait sept ou huit ans maintenant. Et s’il avait été un étudiant brillant et avait accompli quelque chose de formidable ?
Une partie de moi se sent encore comme un lâche, mais je me demande si c’est à cause de l’insistance de la société sur le fait que les hommes doivent être des soutiens de famille qui réussissent.
Je n’en ai jamais parlé à personne jusqu’à maintenant. Je suis pro-choix, mais je me sens complètement égoïste d’avoir davantage pensé à comment j’allais payer pour l’avortement, qu’à cette vie potentielle qui aurait pu en impacter tant d’autres. Peut-être que tout ce que nous avions à faire était de nous battre pour nous en sortir, mais au lieu de cela, nous avons choisi de ne même pas essayer. Je pense toujours que je ne mérite pas d’avoir un autre enfant. J’adopterai car je ressens que j’ai perdu mon privilège d’aider à créer une vie6. »
• « Je viens de vivre l’avortement de la femme de ma vie. Ce n’était en aucun cas facile pour elle, heureusement elle a de la famille, ses amis ainsi que moi-même pour la soutenir… Je suis heureux et soulagé de savoir qu’autant de monde la soutienne. Mais d’un autre côté, personne ne m’a demandé comment je me sentais, comment je le vivais. À l’heure actuelle personne ne sait à quel point j’en souffre car même si ça ne se passe pas dans mon corps, je ne peux pas m’empêcher d’imaginer le visage de mon bébé qui n’a jamais vu le jour. Cet amour que j’ai quand même ressenti pour cette vie. On dirait que ma condition d’homme n’a pas le ‘‘droit’’ de souffrir de cette situation. Alors je fais ce que beaucoup d’hommes dans mon cas font… je me tais7. »
Témoignages d’hommes dont la femme aurait voulu garder l’enfant, mais qui l’ont convaincue d’avorter
• Carl, 50 ans : « Quand quelque chose de mauvais se produit, je ressens que je suis puni d’avoir forcé ma petite amie à avorter de l’enfant qu’elle voulait. Mais j’étais très jeune à l’époque – je ne réalisais pas que ce serait mon seul enfant. J’étais vierge quand on s’est rencontrés. Mais nous avons eu une vie amoureuse passionnée et, comme Jayne prenait la pilule, je pensais naïvement que la question de la contraception était réglée. » Puis, après qu’ils aient été ensemble plusieurs mois, Jayne lui annonce soudain qu’elle était enceinte. « Je lui ai dit : ‘‘Je suis trop jeune pour ça !’’ Ma carrière commençait à décoller, avoir un bébé aurait rendu les choses difficiles. » Carl pressent aussi que Jayne a fait exprès de tomber enceinte, et elle reconnaît avoir arrêté la pilule. Furieux, Carl insiste pour faire un avortement : « C’était la dernière chose que Jayne voulait, et nous étions tous les deux en larmes en prenant la décision. Finalement, elle a reconnu que j’étais trop jeune pour être père et elle m’a demandé pardon de m’avoir piégé. Nous avons organisé l’avortement ensemble et je suis allé avec elle dans une clinique privée pour l’IVG à environ 11 semaines. Tandis que je l’attendais, je pensais : ‘‘Est-ce que je la force ? Est-ce que je vais le regretter ?’’ » Un an plus tard le couple se sépare, Carl se révèle homosexuel trois ans après, et réalise qu’il a raté sa seule chance de paternité. « Mais c’est seulement avec le temps que j’ai pris conscience de l’énormité de ce qui s’est passé et de ce que j’ai perdu8. »
• Après une courte aventure sans volonté de vivre une relation sérieuse, Charlotte annonce à Paul qu’elle est enceinte : « Peut-être que cela aurait été différent si je l’avais connue plus longtemps, mais je n’étais pas prêt à avoir un bébé avec elle. Elle a accepté de faire ce que je pensais être le mieux, mais je pouvais voir la souffrance sur son visage et je me sentais très mal. Je sais qu’elle espérait que je lui dirais de garder le bébé et que nous nous en sortirions. Mais je ressentais que l’avortement était le seul choix possible. (…) Il y a des moments amers quand je vois des hommes avec leurs enfants et je pense : ‘‘Ç’aurait pu être moi’’. Je me sens coupable pour ce qui s’est passé. Je me demande si elle est devenue maman plus tard dans sa vie, et j’espère que oui. Sinon, cela signifie que son seul enfant a été avorté et, alors que je n’aurais peut-être jamais d’enfant non plus, je déteste l’idée de l’avoir privée de maternité et de lui avoir causé une souffrance durable9. »
• Témoignage d’un homme aidé par l’association Agapa : « Au début j’ai eu du mal à prendre contact avec l’association Agapa car j’avais honte d’avoir demandé à ma copine d’avorter. J’ai porté cette honte et fardeau pendant 8 ans. Je l’ai caché à mes proches et ma famille.
Après la première prise de contact par téléphone avec l’association, j’ai décidé de parler de cet avortement à des amis et ensuite à ma famille. Cela m’a libéré de ce fardeau que je porte depuis 8 ans.
J’ai enfoui en moi cette douleur et cette mauvaise décision, cela m’a totalement bloqué et empêché d’avancer dans ma vie.
Le parcours Agapa m’a permis de me libérer de mes émotions et aller de l’avant, et apprendre à vivre avec cette mauvaise décision au lieu ne pas l’accepter et se voiler la face10. »
Les hommes et l’IVG : conséquences
Il est loin d’être systématique que les hommes regrettent leur IVG, ou qu’ils présentent des symptômes de trouble de stress post-traumatique après un avortement. Cependant, ils sont beaucoup plus nombreux qu’on ne l’imagine à souffrir de l’avortement de leur enfant, et pour certains les conséquences de l’IVG sont très graves.
Le silence des hommes sur les conséquences de l’avortement

Il est rarement facile de parler d’un avortement, mais les hommes en parlent plus difficilement encore que les femmes. Les hommes ont généralement moins l’habitude d’exprimer leurs sentiments, mais c’est encore plus difficile pour eux de parler de l’IVG que d’autres sujets intimes.
D’une part, l’avortement peut être particulièrement douloureux ou ressenti comme honteux, si l’homme a conscience d’éliminer un être humain, ou même s’il pense seulement supprimer une vie humaine potentielle. Il peut aussi avoir honte s’il est issu d’un milieu où l’avortement est moralement condamné.
D’autre part, dans le domaine de l’avortement, la société essaie de convaincre les hommes qu’il s’agit seulement du corps de leur femme. Beaucoup pensent que seule la femme porte les conséquences de l’avortement. Sur le plan physique c’est vrai, mais c’est loin d’être vrai sur le plan psychique. Ainsi, beaucoup d’hommes ne se sentent pas légitimes pour exprimer une souffrance liée à l’avortement. « Certains [de mes proches], parce que j’étais un homme et ce n’était pas moi qui portait…, estimaient que ma détresse n’était pas justifiée, ou n’était pas aussi légitime que ça pourrait l’être pour une femme. Ce que je peux comprendre aussi, parce que physiquement j’allais rien traverser. Mais j’ai trouvé ça un peu méchant, indélicat de dire ça à quelqu’un : en gros, ta souffrance, je m’en fous » témoigne Pierre, qui, lui, en a parlé à beaucoup de proches, au cours de la période où il réfléchissait avec son ex-compagne à ce qu’ils devaient faire face à la grossesse. Certains ressentent aussi que c’est le secret de la femme, ils pensent qu’elle est libre d’en parler mais qu’eux-mêmes ne le doivent pas par respect pour elle1112.
Ce silence sur les émotions que vivent les hommes en rapport avec l’IVG de leur compagne ne les aide pas à se libérer du poids de cet acte sur leur conscience et sur leur psychisme.
Les risques de l’IVG pour la santé psychique des hommes
L’avortement peut avoir de graves conséquences psychiques pour l’homme quelle que soit la façon dont il s’est positionné pour la décision de cet acte. Quand l’IVG a eu lieu contre son gré, cela peut être une terrible souffrance pour lui, à la fois du fait de la mort de son propre enfant, et du fait de son désir de vivre la paternité, qui pour beaucoup d’hommes est un désir très profond. Il y a aussi dans ce cas un profond sentiment d’impuissance et d’injustice, de ne pas avoir eu son mot à dire concernant la vie de son bébé, et aussi du fait que la personne aimée ait refusé de tenir compte de ses sentiments.
Quand c’est l’homme qui a poussé la femme à l’avortement alors qu’elle ne le souhaitait pas, la prise de conscience de la gravité de son acte peut devenir aussi une source de grande souffrance pour l’homme.
Dans tous les cas, il peut y avoir un deuil à vivre et de grandes souffrances en cas de prise de conscience que c’est un enfant qui a été éliminé.
La propension des hommes à cacher leurs sentiments rend plus difficile l’estimation des conséquences psychiques de l’avortement pour les hommes. Certaines recherches ont cependant pu être faites.
Dans un article de Cherline Louissaint pour le Centre Européen pour le Droit et la Justice, au sujet des hommes dont la femme a avorté : « Ils sont 40,7 % à vivre une détresse psychologique forte avant l’avortement, détresse qui se poursuit pour encore 30,9 % des hommes trois semaines après l’avortement. 35 % ressentent de la peine et un sentiment de vide quatre mois après l’avortement.
Des cas d’hommes entre 18 et 22 ans devenus suicidaires suite à l’annonce de l’avortement de leur partenaire ont également été observés.
Le couple est aussi exposé à un risque de détérioration de sa relation. 22 % des relations de couples prennent fin suite à un avortement ; 46 % des femmes ont rapporté que l’avortement était une cause majeure de crise et 48 % ont estimé que leur relation avec leur partenaire avait été altérée significativement suite à un avortement. »
D’après une étude13 de 2007, quatre homme sur dix ayant fait une IVG, parmi les participants à l’étude, souffraient de syndrome de stress post-traumatique chronique, 15 ans après l’avortement. Parmi ceux qui avaient ces symptômes, 88% vivaient un deuil et ressentaient de la tristesse, 82% de la culpabilité, 77% de la colère, 64% de l’anxiété, 68% de l’isolement, 40% des problèmes sexuels. La détresse était d’autant plus grande quand la grossesse était désirée par l’homme ou sa partenaire, chez les hommes dont la compagne avait été forcée à avorter par une autre personne, et chez les hommes qui étaient opposés à l’avortement.
Kaeleen Dingle, chercheur australien de l’université du Queensland, a présenté en 2011, au Congrès Mondial de Psychiatrie Asiatique de Melbourne, une étude selon laquelle les hommes dont la partenaire avait avorté avaient deux fois plus de risques que les autres de se droguer et de souffrir de dépression.
Il existe aussi un certain nombre de cas de suicides masculins suite à des avortements. Les suicides, comme l’usage de drogue ou la dépression, peuvent être directement ou indirectement liés à l’avortement. C’est-à-dire que l’une des principales causes de suicide chez l’homme est la rupture amoureuse, et l’avortement provoque souvent des ruptures.
Le Daily Telegraph, journal australien, donne l’exemple d’une femme complètement désespérée, parce qu’elle devait se marier et, quelques semaines auparavant, elle avait découvert sa grossesse et avorté sans en parler à son fiancé. Quand le fiancé l’a su, peu de temps avant la date du mariage, il s’est donné la mort. Un autre exemple est celui d’un adolescent de 16 ans, sauvé in extremis du suicide, suite à une IVG suivie d’une rupture14.
Chemins de guérison après un avortement
Pouvoir parler
Pouvoir parler est un premier pas essentiel pour se libérer de la souffrance du regret de l’avortement. Les hommes confrontés à l’IVG peuvent avoir peur d’en parler dans leur entourage ou leur famille, peur de décevoir, de causer de la souffrance, ou de rencontrer de l’indifférence. S’il n’est pas possible d’en parler à des proches, il existe des lignes d’écoute gratuites, qui proposent une écoute bienveillante et sans jugement.
Ces lignes d’écoute sont ouvertes aux femmes comme aux hommes qui regrettent leur IVG.
• SOS bébé :
+331 42 47 08 67
Joignables par e-mail : contact@sosbebe.org
• Mère de Miséricorde, ligne d’écoute catholique pour femmes enceintes et hommes ou femmes souffrant d’un avortement, sans condition de religion :
+33800 746 966
Joignables par e-mail : contact@meredemisericorde.org

Des possibilités d’accompagnement
Beaucoup d’hommes qui souffrent d’un avortement ont besoin d’un accompagnement pour pouvoir se libérer, y voir plus clair dans ce qu’ils ont vécu et dans ce qu’ils ressentent, faire un chemin pour pardonner et se pardonner.
• Un suivi psychothérapeutique peut parfois être vraiment utile. Cependant, il y a le risque d’être accompagné par un thérapeute qui nierait le fait qu’un enfant a été tué. Mais si le thérapeute a conscience de la gravité de l’avortement, ou s’il se met vraiment à l’écoute du ressenti de l’homme qui fait appel à lui, la psychothérapie peut aider à la guérison.
Pierre a laissé son ex-compagne décider de la suite à donner à sa grossesse. Elle voulait garder l’enfant, mais pas partager l’éducation avec le père. Lui se refusait à abandonner l’enfant au cas où il naîtrait. Elle a donc décidé d’avorter pour ne pas avoir à garder contact avec son ex-compagnon. Il témoigne : « J’ai réussi à traverser ça. Il a fallu que je cicatrise. C’était dur, de me remettre d’une rupture plus d’un éventuel enfant que j’aurais pu avoir. Parce qu’à un moment donné, dans sa tête elle allait le garder, donc dans ma tête j’étais là : ‘‘Bon, ben, je vais être papa !’’. Moi c’est hors de question que je laisse un enfant derrière moi. C’est pas possible. J’ai réussi à travailler avec un psy par rapport à ça. Pendant quelques séances, ça a pris cinq, six séances de psy pour que je commence à vraiment, vraiment avancer, et à me dire : ‘‘Il faut aller de l’avant.’’ (…)
J’avais fait un travail à l’époque pour régler ça, et tout ça m’est revenu à la gueule il y a quatre ans quand je suis devenu papa. Parce que, d’avoir ma fille dans les bras, et de me dire que j’aurais pu en avoir un autre, que j’aurais pu avoir cette sensation avant, ça a remonté des trucs assez négatifs. J’en ai reparlé du coup avec une autre psy, parce que j’avais d’autres choses à travailler aussi, et il a fallu que j’aille fouiller, vraiment, vraiment loin en moi, pour voir à quel point ça m’a affecté, parce qu’en fait c’était… pour moi c’est pas concevable d’abandonner un enfant. C’est pas concevable de laisser ça derrière. Et en fait j’avais quand même une sensation de l’avoir abandonné celui-là. C’était bizarre. Bon après on s’en remet, comme pour tout… Et depuis je suis très heureux d’être un papa, au maximum investi avec ses filles. Mais ça a été compliqué, à un moment, de me dire à moi-même : ‘‘Est-ce que tu l’as pas abandonné ce gamin aussi ?’’ Même si j’aurais accepté qu’il soit dans ma vie si elle l’avait gardé. »
• L’association Agapa se consacre à l’accompagnement de personnes, hommes et femmes, souffrant de la perte d’un enfant in utero, qu’il s’agisse d’accidents ou d’interruptions volontaires de grossesse. Les personnes qui regrettent un avortement sont accompagnées avec bienveillance et sans jugement, par des accompagnateurs formés qui les aideront à y voir plus clair et à se libérer de ce qu’ils portent.
Association Agapa, contact@agapa.fr – Tél : +331 40 45 06 36.
• L’association Mère de Miséricorde propose un accompagnement plus spirituel lors de sessions Stabat, sessions en silence de 5 jours avec un accompagnement quotidien. Voir Regret de l’avortement : des propositions spirituelles, ainsi que le site de Mère de Miséricorde.
• L’association La Vigne de Rachel propose aussi des week-ends pour les personnes, hommes et femmes, souffrant de la perte d’un enfant non né. La Bible y tient une grande place.
Confession de l’avortement

Pour les catholiques qui regrettent un avortement, la confession peut vraiment contribuer à la libération de la souffrance de l’IVG. Il s’agit de reconnaître ses péchés devant Dieu, et d’accueillir son pardon. Bien sûr, certains hommes ne sont pas responsables de l’IVG qui a été accomplie contre leur volonté. Ceux-là n’ont pas besoin de confesser l’avortement de leur enfant, mais confesser l’éventuelle part de responsabilité qu’il peuvent avoir, par exemple dans l’échec de la relation avec la mère du bébé, peut être bienfaisant.
Seuls les catholiques peuvent se confesser, mais toute personne peut demander à parler avec un prêtre.
Voir notre article Comment confesser mon avortement ?
Les chemins de consolation
Les chemins de consolation proposent aussi une démarche spirituelle à ceux qui regrettent un avortement, avec la possibilité de poser une plaque avec le prénom de l’enfant avorté.
Voir la liste des chemins de consolation.
Conclusion
Les hommes peuvent souffrir du regret de l’avortement, qu’ils aient subi la décision de leur femme ou qu’ils aient voulu, voire qu’ils aient imposé cet avortement. Il n’est pas systématique que les hommes souffrent quand leur compagne a fait une IVG, mais quand elle existe, cette souffrance peut être très profonde, et elle est souvent tue.
Heureusement, des chemins existent qui peuvent permettre aux hommes de se libérer de ce fardeau. Et il est toujours possible de se tourner vers la miséricorde de Dieu, qui aime chaque homme et désire lui faire expérimenter son pardon. L’enfant mort ne pourra pas recouvrer la vie, mais grâce au pardon il sera possible d’accueillir la relation de paternité envers cet enfant, et il sera de nouveau possible d’avancer et d’aimer.
1 Témoignage recueilli personnellement en 2008, d’un homme anglais.
2 Témoignage sur la chaîne KTO.
3 Témoignage sur le forum aufeminin.com.
4 Témoignage publié dans le journal anglais Daily Mail.
5 Témoignage publié sur le site de la BBC.
6 Témoignages d’homme pro-choix qui expliquent leur ressenti à l’occasion de l’IVG de leur compagne sur le site Medium.
7 Témoignage en commentaire de la vidéo YouTube Avortement : 5 mecs témoignent de leur expérience.
8 Témoignage publié dans le journal anglais Daily Mail.
9 Témoignage publié dans le journal anglais Daily Mail.
11 Un certain nombre d’études montrent que les hommes se confient beaucoup plus difficilement que les femmes sur leurs émotions concernant l’IVG : Face à l’arrêt d’une grossesse, les hommes ont du mal à exprimer leur tristesse ; Avortement : pourquoi les hommes n’en parlent pas (ou peu) ; Étude du ressenti et du positionnement des hommes lors d’une interruption volontaire de grossesse ; Les hommes et l’IVG.
12 Voir aussi le deuxième témoignage dans la vidéo Avortement : 5 mecs témoignent de leur expérience.
13 Une étude de Pricilla Coleman, professeur de développement humain et étude des familles à l’université Bowling Green State en Ohio, Catherine Coyle, psychothérapeute à Toronto, Canada, et Vincent Rue, psychothérapeute en Caroline du Nord.
14 Piecing together the pain of loss for men after abortion.