Une association qui se bat pour la dignité humaine : l’ECLJ

Logo de l'ECLJ (European Centre for Law & Justice)

Nous vous présentons l’interview de Grégor Puppinck, directeur général du Centre Européen pour le Droit et la Justice (European Centre for Law and Justice) par le Réseau Vie.

Bonjour Monsieur Puppinck, vous êtes le directeur général de l’ECLJ, le Centre Européen pour le Droit et la Justice. Pouvez-vous nous expliquer quelle est la vocation de l’ECLJ ?

L’ECLJ est une association de juristes chrétiens, fondée en 1998 à Strasbourg, et qui fonctionne comme un think-tank ou une ONG, auprès des instances européennes et internationales. Donc notre travail est de participer à la réflexion juridique et politique des institutions européennes et internationales, dans les domaines qui nous intéressent, en particulier la défense de la vie.

Et donc vous avez une voix consultative dans plusieurs instances européennes et internationales.

Oui, nous avons un statut consultatif, effectivement, auprès des Nations Unies, à Genève et à New York, pour participer aux différents mécanismes. Ensuite nous sommes accrédités auprès du Parlement Européen, ce qui nous permet d’y travailler aussi. Nous travaillons beaucoup avec la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Nous intervenons dans de nombreuses affaires de cette Cour, à Strasbourg. Donc notre statut c’est « ONG d’inspiration chrétienne ».

De quelle manière la dimension chrétienne de l’ECLJ influence ses actions ?

En fait, c’est le fondement de nos actions, et donc nous essayons de défendre l’être humain, la justice telle que nous l’enseigne l’Évangile. On essaye de rendre possible, autant que possible, la vie chrétienne en Europe, notamment par la défense de la liberté de conscience, des droits des parents. Nous essayons aussi d’expliquer au monde, de partager au monde la compréhension chrétienne de la justice et de l’homme. C’est un travail de droit, de philosophie du droit, d’explication de l’ontologie chrétienne. Donc notre travail est inspiré par le christianisme et la foi a des conséquences, quant aux choix sociaux et politiques.

Dans quels domaines l’ECLJ a-t-elle réussi à vraiment apporter un changement ?

On a eu pas mal de résultats, que ce soit pour des cas précis, pour faire libérer des pasteurs par exemple, emprisonnés en Iran ou en Turquie, ou dans des jurisprudences ou des jugements de la Cour Européenne. Donc on peut dire que l’ECLJ a eu une influence réelle à la Cour Européenne, sur des décisions en matière d’avortement, de respect de la vie, de liberté de conscience, de liberté de l’Église. On défend beaucoup la liberté de l’Église. Donc on a eu, au cours de ces 25 années, une vraie influence sur la définition de la liberté religieuse en Europe. Et aussi sur des textes qui ont été adoptés au Parlement européen ou à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

Grégor Puppinck
Grégor Puppinck

La Fédération européenne « Un de nous », dont l’ECLJ est membre, et que vous avez présidée, avait collecté près 2 millions de signatures en Europe en 2012. Pouvez-vous nous rappeler quel était l’objet de cette pétition, et nous dire si elle a eu une efficacité ?

L’objet de la pétition, c’était pour demander à la Commission d’initier un texte par lequel elle aurait renoncé à financer toute action qui puisse détruire la vie humaine. Donc c’était évidemment une demande importante, mais une demande que la Commission a finalement refusé. Il y a eu plusieurs bénéfices à cette action. L’intérêt, ça a été de montrer la force du mouvement pro-vie en Europe. Ça a été de les rassembler à plusieurs reprises, et la Fédération « Un de Nous » existe toujours. Donc je pense qu’il y a eu un intérêt sur le moment pour faire exister cette force politique, cette réunion d’associations. Ensuite, la Commission n’a pas donné suite. Donc là, c’est vrai, c’est assez dommage. Et de ce point de vue-là, c’est un échec, parce que la Commission a refusé. Mais du point de vue des organisations pro-vie, c’est quand même une avancée, d’avoir réussi à avoir ces signatures et à travailler ensemble au plan européen.

L’ECLJ lutte avec d’autres associations contre le nouveau programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) en France. Pouvez-vous nous expliquer en quoi ce programme est problématique, et ce que vous tentez pour y faire obstacle ?

Le programme est problématique parce, d’une part, il empiète sur les droits des parents. Ça veut dire que l’école, l’Éducation Nationale estime qu’elle est responsable de l’éducation affective et sexuelle des enfants, alors que c’est la responsabilité des parents. Et donc l’école de la République va très loin, dans cette volonté d’éducation. Évidemment, l’éducation qui est mise en œuvre par l’école, par l’État, n’est pas du tout compatible avec l’enseignement religieux, chrétien ou même juif, je pense, ou musulman. C’est un enseignement qui est complètement relativiste, et donc il n’est pas du tout conforme aux droits des parents et aux besoins des enfants d’être éduqués dans le respect de leur religion. Donc ça c’est un vrai problème. C’est vraiment, encore une fois, l’un des exemples de la dérive totalitaire de la société dans laquelle on vit, qui veut s’occuper de tout à la place des familles, et qui veut imposer son idéologie relativiste aux nouvelles générations. Alors, avec d’autres associations, on a saisi les Nations Unies, il y a eu des recours aussi qui ont été faits à la Cour Européenne des Droit de l’Homme, mais pour vous dire la vérité, on a quand même très peu d’espoir, parce que, malheureusement, les instances internationales sont très largement acquises à cette idéologie.

Le programme EVARS imposera aux enfants la vision de l'Éducation Nationale de la sexualité

Quelles sont les actions de l’ECLJ face à la proposition de loi française sur « l’aide à mourir » ?

Alors là, on en mène beaucoup ! D’abord des actions d’analyse, de diffusion, d’information. Ensuite, l’ECLJ s’est concentrée sur plusieurs sujets. On s’est concentrés sur la question des droits des personnes handicapées, qui est importante. Donc, pour ça, on a rédigé un mémoire qu’on a communiqué aux Nations-Unies, on a alerté le Comité des Droits des Personnes Handicapés des Nations-Unies, qui en retour a saisi le gouvernement français. Donc le Comité des Nations-Unies pour les Droits des Personnes Handicapées a saisi le gouvernement français pour l’interroger, et lui demander de suspendre l’examen de la loi sur l’euthanasie dans l’attente d’avoir davantage exploré la question du respect des droits des personnes handicapées. Donc il y a un vrai point d’achoppement là-dessus, en particulier. Ensuite, nous avons beaucoup travaillé sur les droits des pharmaciens, la clause de conscience des pharmaciens. On a plutôt fait ça au plan intellectuel, par la rédaction d’un chapitre de livre sur le sujet, et le travail avec les syndicats de pharmaciens. Et puis maintenant, en particulier, nous travaillons pour défendre la clause de conscience des congrégations, des instituts, des hôpitaux, des maisons de retraite privés, en particulier confessionnels, parce que la proposition de loi prévoit de les obliger à accepter la pratique de l’euthanasie même si ces instituts sont complètement privés et n’ont aucun financement public.

Mais ça rendrait impossible leur existence.

Voilà, exactement, et c’est très problématique, et c’est vraiment totalitaire, parce qu’ils menacent de deux ans de prison les responsables d’établissement qui refuseraient la pratique de l’euthanasie en leur sein. Et puis aussi, j’ai fait un travail important d’histoire du mouvement euthanasiste au XXe siècle, l’histoire de son idéologie tout au long du siècle, pour comprendre d’où il vient, quelle est sa vision. Donc c’est sur tous ces différents angles que nous travaillons. La semaine prochaine[1] on ira au parlement avec un religieux justement, pour les aider à rencontrer des parlementaires.

L’ECLJ lutte pour le droit à la vie de l’enfant à naître. Quelles sont vos dernières actions dans ce domaine, et avez-vous obtenu des résultats ?

Parmi nos actions, je pense que c’était les affaires à la Cour Européenne des Droits de l’Homme en matière d’avortement, contre la Pologne, où nous avons défendu la position de la Pologne. Et le résultat : la Cour a condamné la Pologne, mais sur la question de la composition des instances de jugement, donc sur la question de l’indépendance des juges, mais pas du tout sur la question de l’avortement. Est-ce que nos observations ont eu une influence ? Peut-être, en tout cas, la Cour a préféré ne pas aller sur le terrain de l’avortement. Donc, pour nous, c’était quand même une victoire que ces jugements.

Mais pour tout ce qui concerne l’avortement en France, là ça semble impossible d’obtenir des améliorations.

En France, pour l’instant c’est complètement bloqué. Tous les partis politiques ont peur de traiter du sujet, il n’y a aucun parti politique prêt à avoir une position courageuse.

L’ECLJ lutte pour la dignité humaine, notamment contre la prostitution et la pornographie, en particulier pour protéger les enfants. Quelles sont vos actions dans ces domaines ?

Pour la prostitution, c’est principalement un travail législatif auprès du Parlement Européen, de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, et du Parlement français, pour soutenir le modèle suédois et français : le modèle de la pénalisation des clients et du proxénétisme, contre les lobbies qui veulent au contraire légaliser la prostitution. Donc c’est un travail qui a mené aussi à un succès à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe il y a un an, où une initiative était portée par nos adversaires pour demander la légalisation de la prostitution, et nous sommes parvenus à bloquer cette initiative. Donc c’était un vrai succès.

S’agissant de la pornographie, c’est aussi un travail législatif, aussi au niveau européen. On a développé une expertise sur la réglementation de la pornographie, conséquences, causes et réglementation. Et là, on a aussi beaucoup œuvré pour deux choses : pour, d’une part, faire fermer un certain nombre de sites internet qui ne respectaient pas les règles sur la protection des mineurs. Donc ça, on y est parvenu, pour certains, on y a contribué. Une autre action que nous menons consiste à introduire dans le droit l’idée que l’exposition d’un mineur à la pornographie est une forme de violence sexuelle. Si on arrive à dire que c’est une forme de violence sexuelle, et c’est le cas, eh bien dans ce cas-là, ça ouvre des voies plus importantes en termes de prévention, d’obligations pour les sites internet, et de poursuites judiciaires.

Parce qu’à l’heure actuelle les enfants sont confrontés très très jeunes à des images pornographiques, de plus en plus jeunes.

C’est ça, ils sont confrontés très jeunes, et parfois par hasard, entre guillemets. Et donc, il faut faire en sorte que le fait de confronter un jeune à ces images soit répréhensible pénalement, d’une façon plus sérieuse, et aussi obliger les sites internet à installer davantage de barrières.

L’ECLJ lutte aussi pour les chrétiens persécutés. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, bien sûr, en ce qui concerne les chrétiens persécutés, nous avons une action depuis toujours dans le domaine de la liberté religieuse, pour les personnes en Europe et à l’étranger. Alors, en Europe, ça peut être des questions de liberté de conscience, de liberté de l’Église. Et puis à l’étranger, c’est notre travail que nous faisons auprès des Nations-Unies sur la liberté de religion dans tous les pays du monde. Nous analysons chaque pays, et nous produisons un rapport périodique aux Nations-Unies sur la situation de la liberté religieuse dans chaque pays. Ensuite, nous avons des opérations plus spécifiques, de plaidoyer, sur un à deux pays, ou trois pays par an. On va vraiment insister beaucoup, là on a insisté il y a peu sur la Turquie. Voilà, donc c’est du plaidoyer, et puis une action médiatique et institutionnelle auprès des Nations-Unies et de quelques autres instances.

Le siège des Nations unies à New York
Le siège des Nations unies à New York

Entre 2020 et 2024, vous avez amené la Cour européenne à réviser son Règlement, pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, ça fait partie de notre travail sur l’analyse des institutions, et de l’infiltration de nos adversaires dans les institutions. Nous avons publié en 2020 un rapport qui a montré que, parmi les juges de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, beaucoup d’entre eux viennent d’ONG financées par Monsieur Georges Soros, de l’Open Society, qui est une ONG libérale, globaliste et pro-avortement. Et donc nous avons démontré qu’il y a à peu près un cinquième des juges de la Cour qui viennent de cette galaxie : les organisations de Monsieur Soros. Et nous avons montré aussi les faiblesses du système de la Cour en matière de prévention de la partialité. Donc c’est un travail important que nous avons réalisé, avec la publication de deux rapports qui, d’une part, ont exposé l’existence importante de ces juges, de nombreux juges, et ensuite ont démontré l’importance des conflits d’intérêts qui résultent de ces appartenances entre des juges et les ONG pour lesquels ils ont travaillé précédemment. Donc on a pu démontrer que dans de très nombreuses affaires – ça se compte par dizaines, et même par centaines –, des juges ont jugé des affaires introduites ou soutenues par l’organisation dont ils étaient précédemment membres, ou salariés, ou responsables, et donc ce sont des cas importants de conflits d’intérêts que nous avons pu révéler, et ça a eu pour conséquence un processus de réforme interne à la Cour Européenne.

Y a-t-il d’autres actions de l’ECLJ dont vous souhaitiez nous parler ?

On a aussi une spécificité, c’est qu’on analyse l’action de nos adversaires. Donc on est bien conscients qu’on a face à nous d’autres lobbies, qui sont beaucoup plus puissants, beaucoup plus grands que nous, et notamment sur la question de la vie, il y a des lobbies énormes sur l’avortement. Et donc nous faisons aussi un travail d’analyse de ces lobbies pour essayer de les dévoiler davantage, pour essayer de réduire leur influence dans les instances internationales. Les faire connaître, les dévoiler, pour gêner leur action.


[1] Interview réalisée le 7 janvier 2026.

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