Grossesses précoces

En France, nous voyons très peu de très jeunes femmes enceintes ou avec un bébé. Pourtant, les grossesses précoces sont loin d’être inexistantes. Beaucoup passent inaperçues à cause du très fort taux d’avortement chez les moins de 20 ans.
En 2023, en France, chez les moins de 20 ans, 68,5 % des grossesses ont abouti à une IVG (84% chez les moins de 15 ans, 74 % chez les 15-17 ans et 65,5% chez les 18-19 ans), contre 26,5 % pour l’ensemble des Françaises[1]. Cette même année, il y a eu 2239 naissances vivantes chez les moins de 18 ans, et 7272 chez les 18-19 ans[2]. Il y a donc eu plus de 30 000 grossesses chez les moins de 20 ans, en France, en 2023.
Savons-nous nous émerveiller devant la beauté de la vie, même quand elle est portée par une maman adolescente ? Que veulent dire ces nombreuses grossesses précoces ? Comment réagir ?
Causes des grossesses précoces
30 000 grossesses chez les moins de 20 ans en France en 2023, cela peut sembler énorme, quand on connaît tous les efforts déployés pour la promotion de la contraception. Si certaines de ces grossesses sont réellement non désirées, beaucoup d’entre elles sont en fait le fruit d’un désir, conscient ou inconscient, de la maman ado.
1. Une grossesse réellement imprévue
Un certain nombre des grossesses précoces étaient totalement imprévues par les jeunes parents. Malgré les cours de SVT (biologie) et les interventions en éducation affective et sexuelles, beaucoup d’adolescentes ne réalisent pas du tout le fonctionnement de leur corps, et ne sont pas conscientes qu’elles peuvent tomber enceintes dès le premier rapport sexuel.
D’autres ont bien retenu les leçons transmises et utilisent un moyen de contraception, mais aucun moyen de contraception n’est efficace à 100%, pas même la pilule, encore moins le préservatif.
2. La dernière limite
La société occidentale délivre un message insistant aux adolescents : « Tout est permis en matière de sexualité, dans la limite du consentement d’autrui. Il y a une seule limite, un seul interdit : ne fais pas d’enfant, protège-toi. »
L’adolescence est un âge où l’on est tenté par les interdits. Alors que les relations sexuelles ne sont plus considérées comme des plaisirs coupables, les adolescents peuvent être titillés par ce dernier interdit, et se mettre en situation de le transgresser.
3. Un appel
Quand quelque chose ne va pas dans leur vie ou dans leurs relations avec leurs parents, les adolescents ne parviennent pas toujours à l’exprimer, ni à le faire comprendre à leurs parents. Les difficultés de communication entre parents et adolescents peuvent pousser ceux-ci à prendre des moyens extrêmes. Pour certains, cela peut être la mise en jeu de leur vie, et pour certaines adolescentes une grossesse peut être provoquée, consciemment ou non, comme moyen de montrer un profond mal-être et d’ouvrir le dialogue.
Cela peut aussi être un test de l’adolescente pour vérifier si elle est aimée. Si la grossesse ainsi provoquée n’est pas accueillie, si la maman ado est poussée à avorter, elle va souvent ressentir ce rejet comme vis-à-vis d’elle-même aussi, ressentir que c’est elle-même que ses parents n’acceptent pas.

4. Donner à un enfant ce dont elles ont manqué
Quand une adolescente vit dans un contexte difficile, si elle est victime de violence ou si elle a été placée dans une institution, elle peut concevoir un enfant et vouloir le garder pour vivre une forme de réparation. Elle désire donner à l’enfant ce qu’elle n’a pas reçu, elle pense pouvoir faire mieux que ses parents. Cela peut aboutir à une très forte volonté de garder l’enfant.
5. Tester sa fécondité
Certaines adolescentes sont très préoccupée à l’idée de savoir si elles sont capables de concevoir un enfant ou si elles sont stériles. Une grossesse précoce peut venir alors d’une volonté de tester sa fécondité.
6. S’affirmer comme femme
La société occidentale actuelle ne propose plus de rites de passage à l’âge adulte. Certains jeunes ne trouvent que la grossesse et l’IVG pour marquer ce passage. Une adolescente peut avoir l’impression d’être toujours considérée comme une enfant par ses parents et, en montrant qu’elle a la capacité de concevoir un enfant – et en montrant aussi ainsi qu’elle a des relations sexuelles –, vouloir s’affirmer comme femme devant eux, ou éventuellement devant ses copines.
7. Réparer un précédent avortement
Il est très fréquent qu’une adolescente ayant avorté ait rapidement une nouvelle grossesse précoce. L’avortement provoque une blessure profonde chez la jeune fille (comme chez la femme adulte, et souvent chez l’homme), laisse un vide et un mal être. Souvent, les mamans adolescentes veulent alors combler ce vide, réparer l’avortement. Malheureusement, ces nouvelles grossesses ce terminent aussi souvent avec une IVG, les adolescentes peuvent continuer à ressentir ce besoin de combler un vide et avoir encore d’autres grossesses et d’autres avortements.
La difficulté de choisir la vie
Les grossesses adolescentes ne sont pas forcément des grossesses non désirées, mais elles aboutissent très fréquemment à des IVG (74 % d’avortements chez les 15-17 ans). D’après la loi française, l’adolescente mineure est seule à prendre la décision d’avorter ou de garder son enfant. Elle n’est même pas tenue de prévenir ses parents de sa grossesse si elle souhaite faire une IVG.
Pourtant, cette liberté est toute relative. La maman ado reçoit des pressions considérables de toutes parts, souvent de la part de ses parents, toujours ou presque de la part des médecins, des employées de planning familial, des travailleurs sociaux.
Les adultes avec qui les mamans ados sont en contact leur renvoient une image très négative d’elles-mêmes. On les considère comme incapables, on pense qu’elles seront un poids pour la société, qu’elles sont irresponsables de choisir la vie. Quand ces très jeunes femmes vivent dans un contexte de violence ou en institution, les adultes comprennent encore moins et craignent encore plus leur volonté de garder un bébé.
Même dans les Églises, les mamans ados ne reçoivent pas forcément de soutien. J’espère que c’était un cas exceptionnel, mais j’ai rencontré un jour un diacre permanent qui avait été aumônier dans un lycée, et qui se vantait d’avoir fait changer d’avis plusieurs jeunes filles qui étaient venues lui demander de l’aide car elles voulaient garder leur enfant, et leurs parents n’étaient pas d’accord. Souvent, une maman adolescente est vue par les chrétiens comme un échec, signe d’une sexualité vécue avant l’âge. Alors que l’adolescente qui garde son bébé est une jeune femme héroïque, qui a bravé des obstacles considérables pour réussir à persévérer dans sa décision. À l’heure actuelle, les pressions en cas de grossesses précoces sont telles que les adolescentes qui gardent un bébé jusqu’au bout sont toujours des jeunes femmes fortes et pleines de ressources. Au sein de l’Église, nous devrions nous émerveiller devant ces adolescentes qui ont choisi la vie, les valoriser et les soutenir.
Pour un exemple de jeune femme ayant résisté à de très fortes pressions de son entourage, voir le témoignage d’une maman étudiante de 19 ans. Pour les jeunes femmes mineures, les pressions peuvent être plus fortes encore.
Des raisons de choisir la vie
L’avortement est un drame
Les bébés des mamans adolescentes sont des êtres humains merveilleux, qui ont tout autant droit à la vie que les bébés de mamans adultes. L’élimination presque systématique des enfants d’ados est une tragédie qui a forcément des répercussions sur la santé de notre société.
Un avortement n’est jamais un acte anodin. Toutes les femmes ne vivent pas l’avortement comme un traumatisme, mais les risques physiques et psychiques sont très sérieux. Voir notre article Les risques de l’avortement. Michel Hermenjat, qui a lui-même souffert de l’avortement et qui a soutenu de nombreuses adolescentes enceintes, voit un lien entre l’augmentation du nombre de suicides des jeunes et l’augmentation du taux d’avortement des grossesses précoces[3].

Les ressources des mamans ados
Les mamans ados ne sont pas des incapables. Autrefois, les femmes étaient mamans très jeunes et s’en sortaient très bien. Aujourd’hui, la tendance est de protéger les adolescents de toutes les difficultés. Les adolescentes qui assument leur grossesse précoce font du bien à notre société.
N’oublions pas que les mamans adolescentes ne le sont que pour un temps et cessent vite d’être des très jeunes mamans. Elles ont été précipitées tôt dans les responsabilités mais elles atteignent vite l’âge adulte et sont pour la plupart capables de faire face aux défis de leur vie.
Malheureusement, beaucoup de personnes considèrent que les ados qui gardent un enfant commettent une grave transgression, et qu’il ne faut pas les aider. Même dans l’Église catholique, les mamans ados ne trouvent souvent pas la solidarité dont elles ont besoin. Il faudrait que cela change, une conversion des chrétiens sur ce point serait un bon angle d’approche pour progresser dans la promotion de la vie.
En France, des aides sociales pour parents en difficulté existent.
En France, pour les très jeunes mamans qui veulent choisir la vie mais qui ne se sentent pas capables de prendre en charge un enfant, il y a aussi toujours le recours de l’accouchement sous X.
Les parents d’adolescentes enceintes peuvent aussi demander du soutien en appelant la ligne d’écoute Ma fille est enceinte au +339 62 69 22 04. Ils peuvent, à ce numéro, trouver une écoute bienveillante et des conseils de personnes connaissant bien le sujet.

La prévention des grossesses précoces
Même s’il est important d’aider les mamans ados à garder leurs enfants, même si les très jeunes qui ont le courage de garder leur bébé sont un signe d’espérance pour notre monde, il est tout de même très important d’essayer de prévenir les grossesses précoces !
Bien sûr, il est important de mettre en garde les adolescents sur le fait que les relations sexuelles avant le mariage ne sont pas bonnes, mais il est encore plus important de leur donner un regard positif sur la sexualité et de leur en montrer le sens.
Faire prendre conscience de la beauté de la vie, de combien il est merveilleux de devenir papa ou maman, et de la beauté de la sexualité, a plus de chances de prévenir les grossesses précoces que si l’on s’en tient aux interdits. Découvrir comment fonctionne le corps, découvrir le lien entre sexualité et procréation, découvrir la beauté du mariage et de l’union conjugale entre un homme et une femme peut donner envie aux jeunes d’attendre de rencontrer la bonne personne.
Michel Hermenjat a expérimenté une méthode de prévention originale : faire intervenir des mamans ados – et éventuellement des papas ados – auprès des adolescents. Le témoignage de ces jeunes, et les échanges des adolescents avec eux, est très efficace pour la prévention des grossesses précoces, et la prévention de la récidive de l’IVG. Ainsi, les adolescents peuvent prendre conscience de ce à quoi ils seraient confrontés en mettant un enfant au monde, mais aussi prendre conscience de la beauté de la vie, et des ressources que peuvent avoir des adolescents de leur âge. En leur donnant en exemple des adolescents qui s’en sortent avec un enfant, les adultes leur montrent aussi qu’ils ne considèrent pas les jeunes comme des incapables, et ainsi ceux-ci ont moins besoin de prouver le contraire.
Michel Hermenjat témoigne que ces rencontres avec des mamans adolescentes sont surtout efficaces pour des publics de moins de 17 ans, car au-delà de 17 ans, les jeunes sont souvent déjà « sexuellement actifs » et estiment qu’ils n’ont pas besoin qu’on leur explique les choses.
Conclusion
Nous avons tendance à considérer une grossesse précoce comme une très mauvaise nouvelle, même quand nous nous sentons concernés par la promotion du respect de la vie. Changeons notre regard pour un regard d’émerveillement devant toute vie naissante, et devant les très jeunes femmes qui ont le courage de se battre pour la vie qu’elles portent. En nous convertissant nous-mêmes sur ce point, nous contribuerons au changement du regard de la société sur la vie.
Avoir un bébé ne gâche pas la vie d’une adolescente, et après quelques années, on ne se souvient même plus qu’elle a été une maman ado, même si elle a eu des défis difficiles à affronter. Par contre, avorter peut briser une adolescente pour toujours.
Il y a toujours moyen de faire face aux difficultés rencontrées lors des grossesses et des maternités précoces. Il existe des aides sociales. Contribuons à la solidarité en soutenant les très jeunes mamans que nous pourrions rencontrer, à plus forte raison si elles sont dans notre famille.
Cet article s’est beaucoup inspiré des propos de Michel Hermenjat dans les podcast Ces jeunes qui donnent la vie en contrebande, Il n’y a pas d’âge pour être maman, Comment reconnecter sexualité et procréation, et de son livre Adonaissance.
[1] Statistiques publiques de la santé et des solidarités. Pour avoir accès aux statistiques, cliquer sur « Télécharger les données », voir Tableau complémentaire A.
[3] Voir le podcast de Radio Maria : Il n’y a pas d’âge pour être maman.