La vie vaut la peine d’être vécue même avec un handicap !

Homme trisomique souriant à la pause café dans une entreprise

La France est-elle un pays où les personnes handicapées ont les mêmes droits que les personnes entièrement « valides » ? Non… En France, la vie humaine est protégée par la loi à partir de la fin de la 14e semaine de grossesse, sauf pour les personnes handicapées, même celles qui sont tout à fait viables, comme les personnes naines, les personnes porteuses de trisomie 21 ou même parfois les personnes ayant un bras ou une main en moins. À 15 semaines de grossesse, un fœtus diagnostiqué en bonne santé est protégé en tant qu’être humain. Un fœtus diagnostiqué comme handicapé peut être avorté même quand il est déjà viable, jusqu’à la fin de la grossesse.

Beaucoup de personnes disent qu’il ne s’agit pas de discriminer les personnes handicapées, mais de les protéger de la souffrance de vivre avec un handicap. Les personnes handicapées que l’on a laissé naître regrettent-elles toutes d’être nées ? Regrettent-elles d’être en vie ?

Des difficultés propres au handicap

C’est vrai, c’est évident, il y a des difficultés qui sont propres au handicap. Difficultés pour les parents et pour les personnes handicapées, différentes selon le handicap porté.

Par exemple, pour les personnes porteuses de trisomie 21, les parents doivent les accompagner à de nombreux rendez-vous auprès de spécialistes comme des orthophonistes, des ergothérapeutes, des médecins… Ils doivent, ainsi que leur enfant et les frères et sœurs, supporter le regard des autres qui n’est pas toujours bienveillant. Certains vont jusqu’à reprocher aux parents d’avoir gardé leur enfant.

Patricia et Christophe témoignent des difficultés qu’ils ont eu avec leur fille trisomique, agressive parce qu’elle n’acceptait pas sa différence. L’implication de ses parents et la bienveillance d’une institutrice l’ont aidée à s’apaiser1. Cependant, les enfants trisomiques sont le plus souvent paisibles et affectueux.

Le handicap physique est aussi source de difficultés au quotidien, et le regard des autres peut être tout aussi blessant que pour les personnes handicapées mentales.

Les personnes handicapées peuvent avoir plus de difficultés à trouver l’âme sœur, mais de très nombreuses personnes handicapées physiques ou mentales sont en couple, se marient et ont des enfants.

Un homme paraplégique avec sa conjointe

« Un tiers [32 %] des personnes handicapées ou souffrant d’une maladie chronique se sentent seules, contre 22% de la population générale, révèle une étude publiée le 3 décembre 2018 par la Fondation de France, qui appelle ‘‘l’ensemble du corps social’’ à ‘‘s’adapter’’ pour mieux accueillir ces personnes isolées2. »

À noter que cette statistique concerne l’ensemble des personnes handicapées, y compris celles qui sont devenues handicapées à l’âge adulte. Il est plus difficile de s’adapter au handicap quand on a connu une période de sa vie où l’on était complètement valide.

Les difficultés propres au handicap peuvent donc être source de grandes souffrances, parfois de découragement, voire de désespoir. Mais il est possible de se relever et d’avancer. Toute vie rencontre des difficultés, cela n’empêche pas la vie d’être belle et de valoir la peine d’être vécue, comme en témoignent de nombreuses personnes handicapées.

Et quand la vie est trop dure, c’est souvent dû au manque de bienveillance ou à l’indifférence des personnes valides qui entourent la personne handicapée. « C’est l’entourage qui crée le handicap », explique Emmanuel Laloux, président de l’association Down up et père d’Eléonore, trisomique et conseillère municipale3.

Face à ces souffrances, la réponse est donc sans doute davantage de lutter pour un changement de la société que d’éliminer les personnes handicapées avant leur naissance.

Des souffrances propres à la vie humaine

Des personnes handicapées qui souffrent, des personnes handicapées qui ont envie de mourir, il y en a, pour les mêmes raisons que les personnes valides. Le manque d’amour, les trahisons, la solitude… Le sentiment de solitude qu’éprouvent certaines d’entre elles peut être cause de grandes souffrances, mais il n’est pas propre aux personnes handicapées, même s’il est un peu plus présent pour elles.

La souffrance psychique des êtres humains est souvent due au fait d’avoir été élevés par des parents violents, absents ou non aimants. Le risque pour un enfant handicapé d’hériter de ce genre de parents est le même que celui des enfants valides.

Le besoin de relations bienveillantes

32 % des personnes handicapées souffrent de solitude, cela veut dire que 68 % des personnes handicapées ne se sentent pas seules, et ce chiffre est probablement plus élevés pour les personnes handicapées de naissance, qui n’ont pas dû passer de la validité au handicap.

Tout être humain a avant tout besoin de relations humaines bienveillantes et de liens sur la durée pour se sentir heureux. Les personnes handicapées, que le handicap soit physique ou mental, peuvent avoir des relations humaines et des amitiés, parfois des amours, épanouissantes et source de joie.

Deux femmes font la cuisine, dont une trisomique

L’exemple de la communauté de l’Arche

L’Arche est une communauté, fondée en France et présente dans le monde entier, qui propose une vie communautaire entre des personnes handicapées mentales et des personnes valides, dites « assistants ». La communauté de l’Arche a survécu à la mise en cause de son fondateur pour abus sexuels. Quels qu’aient été les agissements de cet homme, la réalité de ce qui se vit dans les foyers de l’Arche est très belle, et les témoignages ci-dessous gardent toute leur valeur. Cet communauté offre une vie fraternelle pleine de célébrations, elle propose un travail adapté à ceux qui le peuvent, elle respecte la religion de chacun et leur permet de la pratiquer. Les membres de l’Arche cherchent à valoriser en toute chose les personnes accueillies, qui sont considérées comme les égales des assistants.

Pour avoir beaucoup fréquenté des foyers de l’Arche, et pour avoir accueilli à dîner chez nous, depuis six ans, des personnes handicapées membres, je peux témoigner de la joie qui règne dans ces communautés, et du fait que les personnes accueillies se sentent libres de s’exprimer et d’être elles-mêmes. Bien sûr, la frustration est aussi présente, comme celle d’Aurélie à qui le café est interdit, et qui m’en demandait quand même. Elle nous a fait la tête pendant toute la fin des soirées, à chaque fois qu’elle est venue chez nous et que nous lui avons refusé ce café…

Quelques témoignages

L’Arche au Bengladesh :

Shohag Bhai : « Aujourd’hui, je vis à Shopno Nir dans ‘‘la maison du rêve’’, où j’ai beaucoup d’amis qui vivent avec moi. Nous sommes comme une grande famille. Nous nous soutenons quand nous avons besoin d’aide. Je ne me sens plus seul. (…) Je me sens bien et inclus lorsque je suis avec mes amis4 ! »

L’Arche au Mexique :

Ricardo : « Ici, dans la communauté, j’ai trouvé des frères et des sœurs et ma maman est contente quand je rentre le soir après l’atelier, parce qu’elle voit que je suis heureux5. »

L’Arche en France :

Élisabeth : « À L’Arche, j’ai appris d’être heureuse. Être heureuse, c’est parler avec les autres. J’aime la parole, les contacts6. »

L’Arche à Aix-en-Provence :

Nicolas : « J’aime beaucoup ma communauté de L’Arche, on peut créer des liens d’amitié à travers les bons moments de partage, on nous montre que nous avons de la valeur et je suis respecté pour qui je suis. »

Alix : « Depuis que je suis là, je suis autonome mais jamais seule car je suis bien accompagnée. On vit avec d’autres personnes un peu comme une colocation, un peu comme une deuxième famille7. »

L’Arche en Pays Comtois :

Martine : « J’aime être à L’Arche parce que je me sens bien, parce que je me suis fait des amis. Les activités qui me passionnent sont les arts plastiques, la poterie aussi, elles me permettent de faire des saladiers en forme de cœur et j’aime ça. »

L’amitié et la bienveillance peuvent rendre supportables beaucoup de choses, et peuvent aider à prendre conscience de la saveur de la vie. Comment faire pour que les personnes handicapées souffrant de solitude puissent en sortir ? Comment faire changer le regard de ceux qui n’osent pas être proches des personnes handicapées ? Il existe de très belles œuvres qui contribuent à changer ce regard, comme l’Arche et de nombreuses autres associations. N’hésitons pas à les aider et à en fonder d’autres ! N’hésitons pas à essayer de nous faire proches des personnes handicapées de notre entourage !

L’aspiration à accomplir

Le besoin le plus fondamental de toute personne humaine est la relation : rencontres bienveillantes, amitié, amour. Mais le travail, la création et les responsabilités mettent en valeur la dignité humaine.

Philippe Pozzo di Borgo, tétraplégique, qui a inspiré le film Intouchables, écrivain
Philippe Pozzo di Borgo, tétraplégique, qui a inspiré le film Intouchables, écrivain

Certaines personnes sont trop handicapées physiquement ou intellectuellement pour pouvoir travailler de quelque manière que ce soit. Cela n’empêche pas leur vie d’avoir un sens, cela ne leur fait pas perdre leur dignité humaine. Ces personnes peuvent être heureuses si elles sont entourées de personnes qui les aiment et les valorisent, mais elles peuvent aussi ressentir une grande frustration – ce qui ne veut pas dire qu’elles auraient préféré ne pas naître.

Mais pour beaucoup de personnes handicapées, le handicap n’est pas un obstacle au travail, à la création ou aux responsabilités, et cet accomplissement peut être source de grandes joies, comme en témoignent de nombreuses personnes handicapées physiquement comme mentalement :

Louise, ingénieur chimiste, tétraplégique :

J’ai 29 ans, à l’époque l’échographie était balbutiante, ils n’ont pas détecté le problème. J’ai vraisemblablement manqué d’oxygène à la fin de la grossesse de ma mère, je souffre donc d’une espèce de tétraplégie, je bouge tout, mais infiniment peu. En tout cas, ils n’ont rien vu et si je rencontrais l’échographiste, je l’embrasserais.

Ma mère n’a eu aucun cas de conscience, quand je suis arrivée, je ne bougeais pas, mais j’étais là (…) elle a assumé et aujourd’hui personne n’aurait envie que je n’existe pas. Demandez à mon mari.

(…) J’ai trouvé du travail dès la fin de mes études. Ils ont aménagé certains locaux, les toilettes, et un monte-charge pour la cantine.

(…) Si j’attendais un enfant, (…), je crois que je préfèrerais faire le moins d’échographies possibles. Si on apprend qu’il est handicapé et qu’on décide de le garder, aux yeux de la société on en devient responsable. Je regrette ce regard culpabilisateur, ce manque de solidarité8. »

Alexandra, tétraplégique de naissance. Docteur en biochimie, elle vit en couple :

« Je suis née avec une malformation de la moelle épinière survenue lors du développement fœtal. Par chance, les échographies de l’époque étaient de mauvaise qualité. Aucun diagnostic prénatal n’a donc pu être effectué. Aussi, je suis née quasiment tétraplégique.

Avec amour, bon sens et acharnement, ma mère m’a élevée et scolarisée en milieu ordinaire. Aujourd’hui, j’ai 28 ans. Je suis heureuse et épanouie. J’ai achevé des études d’ingénieur chimiste et prépare un doctorat de biochimie. Ma vie extrascolaire est pleine d’activités associatives et de rencontres entre amis. Certes, je me déplace en fauteuil électrique et mes gestes sont souvent lents et difficiles9. »

Jana, 18 ans :

« Ce n’est pas grave d’être différent, je trouve même cela beau. Même si je suis différente des autres, je profite pleinement de la vie. Quand je suis née il y a dix-huit ans à l’hôpital de Männedorf, ils ont tout de suite compris que quelque chose n’allait pas. À la clinique de pédiatrie, les spécialistes ont constaté que je souffrais de faiblesse musculaire et de raideur articulaire. Généralement, ce sont les bras et les jambes qui sont touchés, comme dans mon cas. Ils ne savaient d’abord pas si je réussirais à marcher un jour. Mais j’ai eu de la chance, j’ai marché à l’âge de quatre ans.

Ma vie actuelle, je la dois à de nombreuses personnes. (…) Mes amis ne me traitent pas non plus différemment, ce que j’apprécie énormément. Pour profiter d’une si belle qualité de vie, il faut avoir la chance de rencontrer les bonnes personnes. À une époque, je n’avais presque pas d’amis et je sais hélas ce que l’on ressent quand on est seul et que l’on ne se sent pas accepté.

(…) Est-ce que cela veut dire que ma vie est parfaite? Non, bien sûr, et d’ailleurs, cela n’est pas nécessaire. Il m’est déjà arrivé de pleurer de déception parce que je ne pouvais pas faire quelque chose dont j’avais très envie. Vivre avec un handicap est un défi. Je me console toujours en me disant: vivre avec des défis est bien plus excitant qu’une vie où tout est simplement parfait. Cela doit être ennuyeux. Personnellement, j’ai toujours un sentiment de succès quand je réussis quelque chose qui semblait peut-être impossible au départ.

(…) J’espère que mon expérience personnelle a montré que la vie peut être belle même avec un handicap. Ne restez pas chez vous à vous morfondre, sortez, faites-vous plaisir et découvrez le monde. Cela n’ira peut-être pas tout de suite aussi bien que pour quelqu’un d’autre, mais il existe presque toujours une solution10. »

« Ryadh Sallem, champion de natation, de basket et de rugby fauteuil, vice-président de l’Agence pour l’éducation par le sport et entrepreneur, estime qu’il est temps d’offrir à tous un éventail de possibilités. De laisser chaque individu prendre ses responsabilités et courir son risque. Il se souvient de sa sortie de l’école avec un regard amusé : ‘‘Je ne trouvais pas d’emploi. On m’a catalogué inapte au travail. En fait, moi, j’étais prêt au monde extérieur. Mais lui ne l’était pas du tout !’’ Pour autant, rien ne peut le décourager. Après avoir débuté à mi-temps dans le monde associatif, il se lance dans l’entrepreneuriat avec une assurance spécifique au handicap. Aujourd’hui, il a plusieurs entreprises à son actif, notamment dans l’audiovisuel11. »

France 3 donne un exemple d’accomplissement de la part d’Éléonore, une jeune femme trisomique, qui est conseillère municipale à Arras12.

Le magazine Famille Chrétienne nous parle aussi de François, trisomique, salarié bien intégré de la Fondation Lejeune13. Il « avait interpellé les milliers de manifestants de la récente Marche pour la vie, affirmant avoir le droit de vivre ‘‘comme tout le monde’’ malgré la tentative d’éliminer les malades plutôt que de les accompagner14. »

L’Arche l’Horizon collabore avec Mozaïk Danse autour d’un projet de danse inclusive réunissant huit adultes en situation de handicap mental, voici les témoignages de Morgane et Sandrine :

« J’ai adoré danser au conservatoire, je sens mon corps bouger. Je me sens heureuse et surprise d’aller au conservatoire avec mon handicap. Je me sens libre, j’adore faire ça. »

« Je suis fière de ce qu’on fait ici. Je suis heureuse. C’est une sacrée émotion d’aller danser au conservatoire. Je suis touchée aussi de voir des danseurs en fauteuil, non-voyants ou sourds. Le handicap me touche. J’enlève mon chapeau, les artistes avec un handicap sont plus forts. Je n’aurais jamais cru y arriver. »

Dommage que de tels projets ne soient pas plus nombreux !

L’Arche au Bangladesh, témoignage de Shohag Bhai :

« Shopno Nir est une très grande maison, donc tous les résidents travaillent ensemble pour qu’elle fonctionne bien. J’aime contribuer à la communauté parce que cela me fait du bien d’aider. J’aime balayer les sols, aider au jardin, étendre les vêtements pour les faire sécher. Un jour, j’espère pouvoir élever davantage de poulets dans le jardin.

Je suis reconnaissant pour toutes les opportunités que j’ai ici. L’un de nos membres fondateurs donnait des cours d’anglais aux assistants de la communauté, et j’aimais m’asseoir à côté et écouter. J’aime apprendre des langues, et je sers souvent de traducteur pour nos visiteurs. Je parle anglais et bengali, et je connais aussi un peu de français. Je reste occupé à prendre soin de notre foyer, j’aime aussi chanter et faire de l’art. Il est important de s’exprimer et d’être créatif15. »

L’Arche à Strasbourg, au Café des Pot’es :

« Léo-Pol, bénévole en situation de handicap mental, confie par exemple : “J’aime parler avec les gens, je me sens de plus en plus autonome”. Et pour les bénévoles sans handicap, l’expérience est tout aussi enrichissante : “On vit ici des relations simples, pleines d’humanité”, raconte Gérard16. »

Cet épanouissement que vivent beaucoup de personnes handicapées est possible à condition qu’ils rencontrent sur leur route des personnes bienveillantes et de bonne volonté.

C’est la société qui doit évoluer

Ce qui cause le plus de souffrances aux personnes handicapées, c’est le manque d’accueil qu’ils reçoivent dans la société. Trottoirs non adaptés, entourage qui pense que ces personnes sont un poids pour la société, peur de les approcher et de lier connaissance avec eux, refus de leur donner une chance en entreprise, reproche aux parents de ne pas les avoir avortés…

Charlotte Puiseux et Chiara Kahn, elles-mêmes handicapées et auteurs du livre « Plutôt vivre » expriment : « Notre société sépare les personnes valides qui connaîtraient le bonheur, des personnes handicapées dont la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue17. » Ce regard de la société n’aide pas les personnes handicapées à s’épanouir et à croire en elles-mêmes…

Il est vrai que de nombreux progrès ont été faits en France dans les aides aux personnes handicapées, et qu’une sensibilisation à la différence existe vraiment, mais pourtant les parents sont plus que jamais incités à avoir recours à l’IMG (interruption « médicale » de grossesse) dès qu’un handicap est détecté.

Plutôt que de vouloir éviter aux personnes handicapées de naître, ne serait-il pas plus humain de lutter pour une société plus fraternelle, de communiquer pour aider les gens à découvrir que les personnes handicapées sont des humains qui valent la peine d’être connus, de créer davantage de structures pour l’accueil des personnes handicapées non autonomes ou pour leur proposer des activités épanouissantes ?

La vie vaut la peine d’être vécue

Oui, la vie vaut la peine d’être vécue, que l’on soit handicapé ou non ! Le plus gros facteur de désespoir est la solitude, solitude qui peut être ressentie même quand on est très entouré, si les personnes qui nous entourent ne nous acceptent pas comme nous sommes ou nous infantilisent.

Mais renoncer à mettre au monde un enfant handicapé dans le but de le protéger de la souffrance, c’est aussi le priver de beaucoup de bonheur possible.

Personne âgée trisomique souriante

« Claire, tétraplégique :

Personnellement, je n’ai jamais regretté d’être née. Je connais tellement de gens valides et qui se plaignent que leur vie est nulle ou ennuyeuse… Moi, je suis plus heureuse que certaines personnes qui s’occupent de moi et ça les agace. Elles me trouvent naïve et me reprochent de ne rien connaître de la vie, parce que je n’ai, disent-elles, jamais eu de problème !

Faouzia :

Le quotidien n’est pas rose, mais je n’oublie jamais ce que m’a dit mon fils prisonnier total de son corps et du bon vouloir d’une tierce personne : ‘‘Heureusement que tu n’as pas su que j’étais porteur d’une maladie génétique et que tu n’as pas avorté. La vie est belle et vaut la peine d’être vécue quelles que soient les circonstances18.’’ »

Des personnes qui font du bien aux autres, à commencer par leurs parents

Les bienfaits que les personnes handicapées apportent à leur entourage sont principalement de la joie, et une plus grande humanité.

Bien sûr, s’occuper d’un enfant handicapé peut être lourd, avec parfois de nombreux rendez-vous médicaux et paramédicaux, parfois l’angoisse de l’avenir, parfois la confrontation à des difficultés psychologiques de cet enfants. Mais ouvrir son cœur à la différence est généralement source d’un grand bonheur !

Quelques témoignages de parents :

Témoignage de Claire, dont la plus jeune fille a des séquelles neurologiques : « Quant à moi, c’est bien simple, Marion m’a transformée. Ce sont toutes mes valeurs qui ont été bouleversées. Avoir de l’argent, une position sociale, tout ce dont j’étais si fière ne compte plus. Je me moque que certaines de nos relations se soient détournées de nous parce que la présence de notre fille les gênait – l’une de mes ex-amies a même osé me dire qu’elle nous plaignait d’avoir une enfant handicapée !

Avec Marion, j’ai appris le sens des priorités. Un “Je t’aime, maman” prononcé maladroitement, un petit exercice qu’elle réussit après dix échecs, la voir jouer heureuse dans le jardin avec son frère ou sa sœur…voilà ce qui compte ! Je suis devenue quelqu’un de meilleur, de plus profond, et ça, c’est à Marion que je le dois19… »

Témoignage d’Aurélie, dont le fils est porteur du syndrome de Cornélia de Lange : « Ce petit garçon apporte une joie immense dans la vie de ceux qu’il rencontre : il est souriant, d’une grande simplicité. Aujourd’hui, je suis sure que pour mes parents qui avaient si peur, la vision du handicap a changé. Ils ont de très beaux liens avec Théodore. Et le regard de mes proches a évolué.

Dans certains cas, les mamans peuvent se sentir très isolées par le handicap, mais mon fils, lui, fédère autour de lui. C’est sûr que c’est une implication importante dans ma vie de tous les jours, et que ce don peut me dépasser. En même temps, je suis heureuse d’être à ses côtés et de sentir à quel point j’ai ma place. Sa vie donne du sens à qui je suis20. »

Témoignage de Nathalie, dont le fils est trisomique : « Votre enfant vous rendra au quintuple l’amour et l’affection que vous lui donnerez et vous prouvera sa volonté d’apprendre et de vivre. Tout n’est pas rose, comme pour tout dans la vie, c’est juste un peu différent des autres tracas assez habituels. Renseignez-vous !!! C’est juste l’avis d’une maman qui ne regrette nullement la trisomie de son enfant et qui l’aime et l’accepte comme il est venu21. »

Témoignage d’une famille de huit enfants dont la petite dernière est trisomique : « ‘‘Quand Marie est arrivée, je n’étais pas le plus sage ni le plus cadré des garçons’’, confie Benoît, 18 ans, le quatrième de la fratrie, une carrure de rugby-man. ‘‘Voir ce petit être m’a bouleversé. Elle a été la petite lumière au milieu de mon chemin qui glissait vers le noir.’’ Alors, pour la remercier, il a décidé de courir cette année le semi-marathon de Paris avec la Fondation Jérôme-Lejeune. […]

Il a fallu un peu de temps [à Jean-Baptiste] pour apprivoiser celle avec qui il fait désormais des cabanes et dont il partage la chambre. ‘‘J’ai découvert qu’elle était super mignonne, même si elle me réveille souvent à 6 h du matin. Marie est tout le temps joyeuse, mais parfois elle peut être un peu chipie !’’

Prêt à partir aux scouts, Étienne, 13 ans, confirme. Marie est un rayon de soleil, mais elle est de mauvaise humeur quand elle n’a pas assez dormi, et elle est coquine : ‘‘Parfois, elle nous prend nos affaires et ne veut pas nous les rendre.’’ […]

Geneviève, brune pétillante de 19 ans, débarque de sa générale. L’étudiante au conservatoire du 13e arrondissement fait une apparition entre deux répétitions d’une pièce d’Ibsen. ‘‘Madame Bébé, coucou ! Petit bisou ?’’ Elle prend Marie dans ses bras : ‘‘Comment ça va beauté ?’’, la repose et la couvre de tendres baisers. ‘‘Marie a énormément renforcé nos liens entre frères et sœurs. Nous nous sommes serré les coudes. Grâce à elle, je me suis rendu compte que je n’étais pas le centre du monde. Elle m’a ouverte à tous ceux qui ont une difficulté ou un handicap.’’ […]

‘‘Marie a permis que chacun dans la famille sorte de ses petits problèmes et montre le meilleur de lui-même, conclut Christian. Elle a changé le regard que nous pouvions porter sur nos enfants. Elle nous a appris à les accueillir tels qu’ils sont, comme des dons, à voir une richesse dans ce que chacun a de surprenant. Marie est une invitation à la confiance : elle vit dans l’instant. Mieux qu’un catéchisme, elle nous aide à une vraie rencontre avec Dieu22.’’ »

Petite fille trisomique souriante

Accueillir ou non un enfant handicapé ?

L’interruption médicale de grossesse (IMG) a parfois pour but de protéger la vie de la mère, pour des raisons de santé physique, psychique, ou pour des raisons sociales. Dans 80 à 95 %, l’IMG est pratiquée non pas pour protéger la mère, mais soit pour « protéger » l’enfant handicapé de la vie, soit par rejet de cet enfant de la part des parents.

Parfois, il s’agit d’enfants dont on sait qu’ils ne vont pas survivre longtemps à la naissance. Même dans ce cas, certains parents choisissent l’aventure de la vie, voir notre article Bébé non viable : faire le choix de poursuivre la grossesse.

Mais dans de nombreux cas, l’IMG concerne des bébés handicapés et viables, dont on estime que la vie « ne vaut pas la peine d’être vécue ». Mais qu’est-ce qui fait qu’une vie vaut la peine d’être vécue ? L’avortement est interdit en France après 14 semaines de grossesse pour les personnes valides, parce que leur fœtus est humain. Les fœtus handicapés ne bénéficient pas de ce droit à la vie et peuvent être avortés à 9 mois de grossesse.

Pourtant, les personnes handicapées ont droit aussi à tenter leur chance de bonheur. Le bonheur n’est assuré pour personne, que l’on soit valide ou non. Dans cet article, vous pouvez lire de nombreux témoignages de personnes handicapées physiquement ou mentalement qui ont beaucoup de joie à partager et qui s’épanouissent.

Pour qu’un enfant handicapé puisse avoir la chance de vivre, les parents qui n’ont pas la force ou les moyens de l’assumer peuvent aussi faire le choix de l’accouchement sous X.

Mais les parents aimants qui ont choisi d’accueillir leur enfant handicapé, et de faire face à certaines difficultés que cela suppose, témoignent pour beaucoup d’entre eux de la joie qu’ils reçoivent de leur enfant !

Notes

1 Témoignage de Patricia et de Christophe, consulté le 17 août 2026.

2 Solitude : la double peine pour les personnes handicapées, consulté le 17 août 2026.

3 Qui est Éléonore Laloux, conseillère municipale, porteuse de trisomie 21 et militante ?, consulté le 17 août 2026.

4 À l’Arche au Bengladesh, consulté le 17 août 2026.

5 Partez à la découverte de L’Arche au Mexique et de ses deux communautés engagées, consulté le 17 août 2026.

6 Vivre ensemble avec et sans handicap mental (France), consulté le 17 août 2026.

7 Vivre ensemble avec et sans handicap mental (Aix-enProvence), consulté le 17 août 2026.

8 Peut-on vivre heureux avec un handicap, consulté le 17 août 2026.

9 Peut-on vivre heureux avec un handicap, consulté le 17 août 2026.

10 Ce n’est pas grave d’être différent, consulté le 17 août 2026.

11 Vivre avec son handicap, consulté le 17 août 2026.

12 Qui est Éléonore Laloux, conseillère municipale, porteuse de trisomie 21 et militante ?, consulté le 17 août 2026.

13 François, un salarié presque comme les autres, consulté le 18 août 2026.

14 Handicap : vivre avec la trisomie 21, consulté le 20 août 2026.

15 À l’Arche au Bengladesh, consulté le 17 août 2026.

16 Le Café des Pot’es de L’Arche à Strasbourg célèbre son premier anniversaire !, consulté le 20 août 2026.

17 Rencontre à Avranches : deux auteures en situation de handicap expliquent leur vision du validisme, consulté le 20 août 2026.

18 Peut-on vivre heureux avec un handicap, consulté le 17 août 2026.

19 Garder un enfant handicapé ? L’échographie qui a changé ma vie, consulté le 31 août 2026.

20 « Je n’ai pas choisi la différence, mais j’ai choisi de l’accompagner de tout mon cœur », consulté le 31 août 2026.

21 Peut-on vivre heureux avec un handicap, consulté le 17 août 2026.

22 Trisomie 21 : une journée avec « Marie, séisme d’amour », consulté le 31 août 2026.

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