Les conséquences de l’avortement pour les frères et sœurs

L’IVG ne concerne pas que les parents de l’enfant avorté. Toute la famille peut être touchée par le deuil, les grands-parents, les oncles et tantes, les cousins… mais particulièrement les frères et sœurs de l’enfant avorté. Être enfant de parents ayant avorté confronte l’enfant survivant, enfant puis adulte, à cette question terrible : « Ma vie est-elle légitime ? »
Le syndrome du survivant et autres troubles liés à l’IVG d’un frère ou d’une sœur
Les troubles psychiques que portent les sœurs et frères d’enfants avortés viennent en partie du syndrome du survivant. Le syndrome du survivant, ou culpabilité du survivant, touche ceux qui ont survécu à la mort non naturelle d’un proche. Ce syndrome a d’abord été étudié chez les survivants des camps de nazis après la Seconde Guerre mondiale. Ce que vivent les frères et sœurs d’enfants avortés découle de ce syndrome, mais pas seulement : en effet, ce sont les propres parents du survivant qui ont pris la décision ayant abouti à la mort de sa sœur ou de son frère. Cela est très problématique pour les enfants survivants qui peuvent perdre confiance en leurs parents et douter de leur droit à être vivant, puisque leur vie tient au fait qu’ils ont été conçus au moment où il y avait un désir d’enfant.
Culpabilité
L’enfant, puis l’adulte, ayant vécu alors qu’un ou plusieurs de ses frères et sœurs sont morts, peut porter une forte culpabilité ainsi que de la honte. Le fait d’avoir survécu tandis que des proches sont morts peut entraîner le sentiment de les avoir trahi, de devoir la vie à leur mort, de ne pas mériter d’être vivant. De nombreux troubles physiques et psychiques peuvent apparaître à cause de cette culpabilité. Parmi les troubles identifiés on relève la fatigue chronique, la dépression, un retrait social, etc.
La situation est encore plus compliquée quand une personne se rend compte que sans l’avortement sa vie n’aurait pas été possible.
Ce jeune homme en témoigne sur le site reddit.com :
J’ai un demi-frère avorté. On a le même père, mais des mères différentes. Notre père avait 19 ans, elle en avait 17, et elle a menacé de l’accuser de viol sur mineur s’il ne payait pas. Et ça rend tout tellement putain de pire, parce que si mon frère était né, je ne serais probablement pas là. Je ne vois pas comment on aurait pu naître tous les deux, ce qui fait que ça fait encore plus putain de mal. Je ne comprends pas pourquoi sa mort a dû être si violente, ou pourquoi sa mère n’aurait pas pu le donner en adoption. Peut-être qu’on aurait pu naître tous les deux alors.
La culpabilité est aussi accentuée quand les parents avortent d’un frère ou d’une sœur plus jeune, et que l’enfant a entendu sa maman dire que la grossesse qu’elle a eue avec lui était difficile, ou que la naissance était difficile, ou que l’enfant est un enfant difficile. L’enfant – puis l’adulte – a de grands risques de penser que l’avortement qui a suivi sa propre naissance était de sa faute[1].

Le cas des enfants de remplacement
Un enfant de remplacement est un enfant dont la conception a lieu assez rapidement après la mort d’un autre enfant, dans le but – généralement inconscient – d’éviter de faire le travail de deuil de l’enfant précédent.
Ainsi, beaucoup d’enfants sont conçus rapidement après un avortement, et ce sont généralement des enfants de remplacement, qui sont conçus pour combler le vide de l’enfant avorté. Les parents ont donné la vie à ces enfants dans le but d’être consolés par eux.
Ce besoin de remplacer l’enfant mort explique beaucoup d’avortements à répétition : la mère conçoit un nouvel enfant car elle a besoin de remplacer le premier, mais elle est toujours dans une situation où l’accueil de l’enfant semble impossible, à elle ou à son entourage.
Les enfants de remplacement qui vivent sont confrontés, comme les autres frères et sœurs d’enfants avortés, au syndrome du survivant, mais en plus ils savent ou ils pressentent qu’ils n’existent que du fait de la mort d’un autre enfant, et que l’on attend d’eux de le remplacer.
Ainsi, aux symptômes dont souffrent les enfants dont les parents ont fait une IVG, s’ajoute la souffrance de ne pas se sentir aimés pour eux-mêmes et de devoir répondre à des attentes hors d’atteinte, puisqu’ils ne pourront jamais être celui qui a été perdu, et ce d’autant plus que l’enfant décédé peut être idéalisé.
Faire le deuil de l’enfant mort est une nécessité pour les parents. Pour aider leurs enfants, les parents ayant mis au monde un enfant de remplacement devront faire ce travail de deuil de l’enfant qui a été perdu. Cependant, si les parents ne reconnaissent pas ce deuil, ne veulent pas ou ne peuvent pas le faire, il est toujours possible pour les enfants survivants de faire un chemin de vie de leur côté.
Perte du sentiment de sécurité
La première conséquence pour les frères et sœurs d’enfants décédés d’une IVG est la perte de sécurité[2]. Les personnes dans cette situation, qu’elles soient enfants ou adultes, ne perçoivent souvent pas leur vie comme légitime. Ils vivent, mais ils auraient pu aussi bien être éliminés. Leurs parents les ont voulus et les aiment, mais c’est un hasard si c’est eux et non l’enfant avorté qui sont nés au moment où les parents étaient prêts à accueillir un enfant.
Ces survivants ressentent donc que leur vie n’est pas légitime en elle-même, ils n’ont pas un droit à la vie. Ils ont pu vivre parce qu’ils étaient désirés, aimés, et s’ils n’étaient plus aimés ? S’ils décevaient ?
Le Professeur Philippe Ney, pédopsychiatre canadien, fait une liste de symptômes que peuvent porter les frères et sœurs de bébés avortés. Ces symptômes sont rattachés à ce sentiment principal : « Je ressens que je ne mérite pas d’être vivant ». Ces symptômes sont reliés entre eux d’une manière statistique et forment un syndrome. Un syndrome est un ensemble de symptômes qui, lorsqu’ils sont associés, sont révélateurs d’une pathologie. Il n’est pas nécessaire de souffrir de tous les symptômes pour être atteint d’un syndrome :
– Je ne suis pas heureux d’être vivant ;
– Je sens que quelque chose de terrible va m’arriver ;
– J’ai tenté de me tuer ;
– J’ai peur de perdre la raison ;
– Je me suis infligé une blessure[3].

Michel Hermenjat, lui-même père d’un bébé avorté, et éducateur, pense qu’il faut relier le taux élevé de suicide des jeunes avec le grand nombre d’IVG, qui entraînent ce sentiment de non légitimité à exister[4].
Risques d’avorter plus élevés
Beaucoup de frères et sœurs d’enfants avortés avortent à leur tour, si un chemin de guérison n’a pas été effectué. Ces personnes ont donc intériorisé le fait que la vie d’un être humain n’a pas de légitimité en elle-même. Leur propre vie leur semble absurde.
Comment aider les frères et sœurs d’enfants avortés ?
Cette souffrance est souvent inconsciente et elle peut rejaillir en divers symptômes, physiques et psychiques. Elle est très profonde, mais ce n’est pas une fatalité. Il est possible d’en sortir.
Il ne faut pas cacher aux enfants qu’un avortement a eu lieu dans la famille. Ceux-ci sentent bien qu’il s’est passé quelque chose de grave, et ne pas savoir de quoi il s’agit est encore pire pour eux.
Retrouver la sécurité en famille
Les parents qui prennent conscience de la gravité de l’acte qui a été posé avec l’IVG, et des conséquences pour leur(s) autre(s) enfant(s), peuvent agir pour aider leurs enfants vivants. Il est possible de retrouver la sécurité en famille.
Michel Hermenjat témoigne que sa femme et lui ont promis un jour à leurs enfants : « Plus jamais nous ne serons une menace pour l’un d’entre vous. Plus jamais nous n’envisagerons de régler un problème, quel qu’il soit, au prix de la vie de l’un d’entre vous[5]. » Cela peut paraître évident, que les parents ne sont pas une menace pour leurs enfants déjà nés, mais ceux-ci ont besoin de l’entendre, et ils ont besoin d’entendre que les parents regrettent leur(s) IVG et ne recommenceraient pas s’ils se retrouvaient dans une situation similaire. Et qu’ainsi, ils ne sont pas vivants juste parce qu’ils ont eu la chance d’avoir été conçus au bon moment, mais parce que leur vie est légitime, qu’ils ont un droit à la vie.

Affirmer leur légitimité à vivre
Parmi les jeunes qui ont des idées suicidaires ou qui sont dépressifs, un certain nombre a vécu cette épreuve d’avoir perdu une sœur ou un frère par avortement. Les moins jeunes aussi peuvent garder des séquelles d’un tel événement. C’est ainsi qu’il ne faut pas hésiter de dire à ceux qui souffrent que leur vie est légitime.
Nous-mêmes, nous pouvons être une aide pour ceux qui vivent ces situations en prenant davantage conscience de la légitimité de notre propre vie. Si je suis sûr que j’ai le droit de vivre, si je suis sûr de ma propre dignité, les personnes qui me rencontreront le sentiront et cela leur fera du bien[6].
Des week-ends de guérison
La Vigne de Rachel est une association créée aux États-Unis, qui propose des week-ends de guérison pour les personnes blessées par un avortement ou par toute perte de grossesse, qu’il s’agisse de la mère, du père, des grands-parents ou des frères et sœurs de l’enfant non né.
Ces week-ends sont basés en grande partie sur la méditation de la Parole de Dieu, avec un accompagnement sans jugement.
Conclusion
Perdre un(e) ou des frère(s) et sœur(s) par avortement est une profonde blessure, qui peut avoir des conséquences pendant toute la vie. Il est cependant possible de faire un chemin de guérison. L’idéal est que les parents eux-mêmes prennent conscience de la gravité de ce qui s’est passé et en parlent avec leurs enfants, mais même dans le cas contraire, chacun peut cheminer et se libérer, surtout avec l’aide de personnes qui comprennent la situation.
[1] Voir la conférence du Professeur Philippe Ney en Suisse.
[2] Échange avec Michel Hermenjat le 20 janvier 2026.
[3] Voir la conférence du Professeur Philippe Ney en Suisse.
[4] Échange avec Michel Hermenjat le 20 janvier 2026.
[5] Voir l’émission sur Radio Maria Comment retrouver la sécurité en famille.
[6] Échange avec Michel Hermenjat le 20 janvier 2026.